Lundi 20 octobre 2008

CICERON, 1er DISCOURS CONTRE L. CATILINA, chap. 9

 

 

Quamquam quid loquor? te ut ulla res frangat, tu ut umquam te corrigas, tu ut ullam fugam meditere, tu ut ullum exilium cogites? Utinam tibi istam mentem di inmortales duint! tametsi uideo, si mea uoce perterritus ire in exilium animum induxeris quanta tempestas inuidiae nobis, si minus in praesens tempus recenti memoria scelerum tuorum, at in posteritatem impendeat. Sed est tanti, dum modo ista sit priuata calamitas et a rei publicae periculis seiungatur. Sed tu ut uitiis tuis commoueare, ut legum poenas pertimescas, ut temporibus rei publicae cedas, non est postulandum. Neque enim is es, Catilina, ut te aut pudor umquam a turpitudine aut metus a periculo aut ratio a furore reuocarit. Quam ob rem, ut saepe iam dixi, proficiscere ac, si mihi inimico, ut praedicas, tuo conflare uis inuidiam, recta perge in exilium; uix feram sermones hominum, si id feceris, uix molem istius inuidiae, si in exilium iussu consulis ieris, sustinebo. Sin autem seruire meae laudi et gloriae mauis, egredere cum inportuna sceleratorum manu, confer te ad Manlium, concita perditos ciues, secerne te a bonis, infer patriae bellum, exsulta impio latrocinio, ut a me non eiectus ad alienos, sed inuitatus ad tuos isse uidearis. Quamquam quid ego te inuitem, a quo iam sciam esse praemissos, qui tibi ad Forum Aurelium praestolarentur armati, cui iam sciam pactam et constitutam cum Manlio diem, a quo etiam aquilam illam argenteam, quam tibi ac tuis omnibus confido perniciosam ac funestam futuram, cui domi tuae sacrarium {scelerum tuorum} constitutum fuit, sciam esse praemissam? Tu ut illa carere diutius possis, quam uenerari ad caedem proficiscens solebas, a cuius altaribus saepe istam impiam dexteram ad necem ciuium transtulisti?

 

Mais que dis-je? espérer que rien brise ton inflexible caractère ! que tu reviennes jamais de ta perversité! que tu aies conçu l'idée de fuir! que tu penses à t'exiler! Ah ! que les dieux ne t'en ont-ils inspiré la résolution? Je ne l'ignore pas; si la terreur de mes discours te force à l'exil, tous les orages de la haine, suspendus peut-être quelque temps par la mémoire encore présente de tes crimes, éclateront tôt ou tard sur ma tête. Eh bien , je me dévoue à tous les périls, pourvu que les malheurs qui fondront sur moi épargnent la république. Mais que tu aies horreur de tes déportements, que tu redoutes la vengeance des lois, que tu fasses à la patrie le plus léger sacrifice, c'est ce qu'il ne faut pas te demander. Non, Catilina, il n'est pas croyable que la honte puisse t'arracher au crime, ni la crainte t'éloigner du danger, ni la raison désarmer ta fureur. Ainsi, je te le répète encore, pars; et puisque tu m'appelles ton ennemi, si tu veux soulever contre moi toutes les haines, va droit en exil. Alors je soutiendrai à peine les clameurs de l'envie ; alors tout l'odieux de ton bannissement pèsera sur le consul qui ose l'ordonner. Mais si tu aimes mieux servir les intérêts de ma gloire, sors avec la foule impie de tes complices; rends-toi auprès de Mallius; rassemble tous les mauvais citoyens, sépare-toi des bons; fais la guerre à ta patrie; arbore en triomphant l'étendard du brigandage. On ne dira pas alors que je t'ai chassé dans une terre étrangère : je n'aurai fait que t'inviter à rejoindre les tiens. Mais qu'ai-je besoin de t'y inviter, quand je sais que déjà tu as fait partir des gens armés pour t'attendre sur la voie Aurélia ; que le jour est arrêté; que tu en es convenu avec Mallius ? quand je sais que tu as envoyé devant toi cette aigle d'argent qui, je l'espère, te sera fatale, ainsi qu'à tous les tiens; cette aigle à laquelle tu as consacré dans ta maison un sanctuaire, où tu lui offrais le crime pour encens? Eh quoi ! tu resterais plus longtemps éloigné de cet objet de ton culte, auquel tu ne manquas jamais d'adresser ton hommage sacrilége en partant pour un assassinat, et dont tu as si souvent quitté les autels pour aller tremper tes mains dans le sang des citoyens !

 

IX. Quanquam

IX. Au reste,

quid loquor ?

que dis-je ?

ut ulla res frangat te ?

que quelque chose brise (fléchisse) toi ?

ut tu corrigas te unquam?

que tu te corriges jamais ?

ut tu meditere

que tu médites

ullam fugam ?

quelque fuite ?

ut tu cogites

que tu songes

ullam exsilium ?

à quelque exil?

Utinam dii immortales

Ah! que les dieux immortels

duint tibi istam mentem .

donnent à toi cette intention !

Tametsi video,

Et-cependant je vois,

si, perterritus mea voce,

si, effrayé par ma voix,

induxeris animum

tu te mets-dans l'esprit

ire in exsilium,

d'aller en exil,

quanta tempestas invidia;

quelle tempête de haine

impendeat nobis,

est suspendue sur nous (sur moi),

si minus in tempus praesens,

sinon pour le temps présent,

memoria tuorum scelerum

le souvenir de tes crimes

recenti,

étant récent,

at in posteritatem.

du moins pour la suite.

Sed est mihi tanti,

Mais cela est pour moi de si grand prix,

dummodo ista calamitas

pourvu que ce malheur

sit privata,

soit particulier à moi,

et sejungatur

et soit séparé (n'entraîne pas)

a periculis reipublicae.

de périls de (pour) la république.

Sed non est postulandum

Mais il n'est pas à-demander

ut tu commoveare

que tu sois ému

tuis vitiis ,

de tes vices,

ut pertimescas

que tu redoutes

poenas legum,

les châtiments des lois,

ut concedas

que tu cèdes

temporibus reipublicae.

aux circonstances de la république.

Neque enim es is, Catilina,

Tu n'es pas en effet tel, Catilina,

ut aut pudor revocarit te

que ou la honte ramène toi

a turpitudine,

de l'infamie,

aut metus a periculo,

ou la crainte du danger,

aut ratio a furore.

ou la raison de la fureur.

Quamobrem, proficiscere,

C'est pourquoi, pars,

ut dixi jam saepe ;

comme je l'ai dit déjà souvent ;

ac si vis conflare invidiam

et si tu veux gonfler la haine

mihi tuo inimico,

contre moi qui suis ton ennemi,

ut praedicas,

comme tu le publies,

perge recta in exsilium :

va droit en exil:

feram vix

je supporterai à peine

sermones hominum ,

les discours (les clameurs) des hommes,

si feceris id ;

si tu fais cela ;

sustinebo vix molem

je soutiendrai à peine le fardeau

istius invidiae,

de cette haine ,

si ieris in exsilium

si tu vas en exil

jussu consulis.

par l'ordre du consul.

Sin autem mavis servire

Si, au contraire, tu préfères servir

meae laudi et gloriae,

ma louange et ma gloire,

egredere

sors

cum manu importuna

avec la troupe criminelle

sceleratorum ;

des scélérats ;

confer te ad Mallium ;

transporte-toi auprès de Mallius;

concita cives perditos;

soulève les citoyens perdus ;

secerne te a bonis;

sépare-toi des bons ;

infer bellum patriae ;

apporte la guerre à ta patrie ;

exsulta

donne-toi-carrière

latrocinio impio ,

par un brigandage impie,

ut videaris

afin que tu paraisses

non ejectus a me

non pas chassé par moi

isse ad alienos,

être allé vers des étrangers,

sed invitatus

mais seulement invité par moi

ad tuos.

être allé auprès des tiens.

Quanquam

Au reste

quid ego invitem te ,

pourquoi y inviterais-je toi,

a quo sciam

toi par qui je sais

praemissos esse jam ,

avoir été envoyés-en-avant déjà

qui armati

des hommes, qui, armés,

praestolarentur tibi

attendissent (doivent attendre) toi

ad forum Aurelium?

près du forum d'-Aurélius?

cui sciam diem pactam esse

toi à qui je sais un jour avoir été convenu

et constitutam cum Mallio?

et fixé avec Mallius?

a quo sciam etiam

par qui je sais encore

illam aquilam argenteam,

cette aigle d'-argent,

quam confido

laquelle j'ai-confiance

futuram esse perniciosam

devoir être pernicieuse

et funestam tibi

et funeste à toi

ac omnibus tuis,

et à tous les tiens,

cui sacrarium

cette aigle pour laquelle un sanctuaire

tuorum scelerum

de tes crimes

constitutum fuit tuae domi,

fut établi par toi dans ta maison ,

praemissam esse?

avoir été envoyée-d'avance ?

Tu ut possis carere

Toi! que tu puisses manquer (être éloigné}

diutius illa,

plus longtemps d'elle,

quam solebas venerari

que tu avais-coutume d'adorer

proficiscens ad caedem ?

en partant pour le meurtre?

ab altaribus cujus

des autels de laquelle

transtulisti saepe

tu as fait-passer souvent

istam dexteram impiam

cette main impie

ad necem civium?

au meurtre des citoyens?


Par GO - Publié dans : CICERON, PREMIER DISCOURS CONTRE L. CATILINA - Communauté : Latinistes
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Commentaires

Merci mon gars, j'ai perdu mes textes et je dois étudier pour demain, tu m'as sauvé la vie ;)
Commentaire n°1 posté par Yggdrasill le 14/06/2009 à 20h20

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