Lundi 27 octobre 2008

VIRGILE, BUCOLIQUES, EGLOGUE VII (1)

 

 

MELIBOEUS

Forte sub arguta consederat ilice Daphnis,
compulerantque greges Corydon et Thyrsis in unum,
Thyrsis ovis, Corydon distentas lacte capellas,
ambo florentes aetatibus, Arcades ambo,
et cantare pares et repondere parati.
Huc mihi, dum teneras defendo a frigore myrtos,
vir gregis ipse caper deerraverat; atque ego Daphnim
adspicio. Ille ubi me contra videt: «Ocius» inquit
«huc ades, o Meliboee; caper tibi salvos et haedi,
et, si quid cessare potes, requiesce sub umbra.
Huc ipsi potum venient per prata iuvenci;
hic viridis tenera praetexit harundine ripas
Mincius, eque sacra resonant examina quercu.»
Quid facerem? Neque ego Alcippen, nec Phyllida habebam,
depulsos a lacte domi quae clauderet agnos,
et certamen erat, Corydon cum Thyrdide, magnum.
Posthabui tamen illorum mea seria ludo.
Alternis igitur contendere versibus ambo
coepere; alternos Musae meminisse volebant.
Hos Corydon, illos referebat in ordine Thyrsis.

CORYDON

Nymphae, noster amor, Libethrides, aut mihi carmen,
quale meo Codro, concedite (proxima Phoebi
versibus ille facit), aut, si non possumus omnes,
hic arguta sacra pendebit fistula pinu.

THYRSIS

Pastores, hedera nascentem ornate poetam,
Arcades, invidia rumpantur ut ilia Codro;
aut, si ultra placitum laudarit, baccare frontem
cingite, ne vati noceat mala lingua futuro.

CORYDON

Saetosi caput hoc apri tibi, Delia, parvos
et ramosa Micon vivacis cornua cervi.
Si proprium hoc fuerit, levi de marmore tota
puniceo stabis suras evincta coturno.

THYRSIS

Sinum lactis et haec te liba, Priape, quotannis
exspectare sat est: custos es pauperis horti.
Nunc te marmoreum pro tempore fecimus; at tu,
si fetura gregem suppleverit, aureus esto.

CORYDON

Nerine Galatea, thymo mihi dulcior Hyblae,
candidior cycnis, hedera formosior alba,
cum primum pasti repetent praesepia tauri,
si qua tui Corydonis habet te cura, venito.

THYRSIS

Immo ego Sardoniis videar tibi amarior herbis
horridior rusco, proiecta vilior alga,
si mihi non haec lux toto iam longior anno est.
Ite domum pasti, si quis pudor, ite, iuvenci.

CORYDON

Muscosi fontes, et somno mollior herba,
et quae vos rara viridis tegit arbutus umbra,
solstitium pecori defendite: iam venit aestas
torrida, iam lento turgent in palmite gemmae.

THYRSIS

Hic focus et taedae pingues, hic plurimus ignis
semper, et adsidua postes fuligine nigri;
hic tantum Boreae curamus frigora, quantum
aut numerum lupus aut torrentia flumina ripas.

CORYDON

Stant et iuniperi et castaneae hirsutae;
strata iacent passim sua quaeque sub arbore poma;
omnia nunc rident: at, si formosus Alexis
montibus his abeat, videas et flumina sicca.

THYRSIS

Aret ager; vitio moriens sitit aeris herba;
Liber pampineas invidit collibus umbras:
Phyllidis adventu nostrae nemus omne virebit,
Iuppiter et laeto descendet plurimus imbri.

CORYDON

Populus Alcidae gratissima, vitis Iaccho,
formosae myrtus Veneri, sua laurea Phoebo,
Phyllis amat corylos; illas dum Phyllis amabit,
nec myrtus vincet corylos, nec laurea Phoebi.

THYRSIS

Fraxinus in silvis pulcherrima, pinus in hortis,
populus in fluviis, abies in montibus altis:
saepius at si me, Lycida formose, revisas,
fraxinus in silvis cedat tibi, pinus in hortis.

MELIBOEUS

Haec memini, et victum frustra contendere Thyrsim.
Ex illo Corydon Corydon est tempore nobis.

 

MÉLIBÉE.

Daphnis s'était assis par hasard sous le feuillage murmurant d'un chêne; Corydon et Thyrsis avaient poussé vers lui leurs troupeaux rassemblés, Thyrsis ses brebis, Corydon ses chèvres aux mamelles traînantes: tous deux de l'Arcadie et dans la fleur des ans,
tous deux égaux dans l'art de chanter et de répondre aux chants. Là, tandis que je défendais du froid mes tendres myrtes, le chef de mon troupeau, le bouc, s'égara. En même temps j'aperçois Daphnis, qui, me voyant aussi, me dit: "Viens ici, Mélibée, viens vite; ton bouc et tes chevreaux sont en sûreté; et si tu as quelque loisir, repose-toi à l'ombre près de moi. Tes boeufs viendront d'eux-mêmes par le pré boire en ces eaux: ici le verdoyant Mincius est ceint de tendres roseaux, et les abeilles bourdonnent sous ce chêne sacré." Que faire? Je n'avais au logis ni Phyllis, ni Alcippe, pour renfermer dans la bergerie mes agneaux nouvellement sevrés: mais un si grand combat! Corydon contre Thyrsis! Cependant je laissai pour leurs jeux mes affaires sérieuses. Ils commencèrent donc à chanter tour à tour; les Muses voulaient que tour à tour ils disent leurs vers. Corydon chantait le premier, et Thyrsis répondait dans un ordre pareil.

CORYDON.

Nymphes de Béotie, vous que j'aime, donnez-moi de chanter des vers tels que ceux que vous inspirâtes à mon cher Codrus; ils approchent de ceux d'Apollon: ou, si je ne peux les égaler tous, que ma flûte rebelle demeure suspendue à ce pin sacré.

THYRSIS.

Bergers d'Arcadie, couronnez de lierre un poète grandissant, et que Codrus en crève de dépit; ou s'il me loue à m'en dégoûter, ceignez ma tête de baccar, de peur que sa langue envieuse ne porte malheur au poète futur.

CORYDON.

Diane, le petit Micon vous offre cette tête velue d'un sanglier,
et la vivante ramure d'un cerf: si ma chasse est toujours aussi heureuse, votre image, du marbre le plus poli, s'élèvera par mes mains, chaussant le cothurne de pourpre.

THYRSIS.

Priape, je t'offre tous les ans un vase plein de lait, et ces gâteaux; c'est assez attendre de moi: tu es le gardien d'un si pauvre jardin!
Jusqu'à présent je t'ai fait de marbre, c'est tout ce que j'ai pu: mais si mes brebis sont bien fécondes, tu seras d'or.

CORYDON.

Fille de Nérée, charmante Galatée, plus douce à mes sens que le thym de l'Hybla, plus blanche que les titanes, plus belle que le lierre blanc, dès que mes taureaux seront revenus du pâtis à l'étable,
si tu as quelque bonté pour ton Corydon, viens à lui.

THYRSIS.

Et moi, je veux bien te paraître plus amer que les herbes de Sardaigne, plus hérissé que le houx, plus vil que l'algue rejetée par les mers, si ce jour loin de toi ne m'est pas déjà plus long qu'une année. Allez, mes taureaux, vous n'avez pas de honte! c'est assez paître, allez à vos étables.

CORYDON.

Fontaines moussues, herbe plus molle que le sommeil, verts arbrisseaux qui les couvrez d'une ombre rare, défendez mon troupeau des feux du solstice. Voici venir la saison brûlante, et déjà la vigne réjouie enfle ses bourgeons.

THYRSIS.

Dans ma cabane brillent le foyer et la torche résineuse; j'y ai toujours grand feu,
et la porte en est sans cesse noircie par la fumée. Là, nous craignons autant le soufflé glaçant de Borée, que le loup le nombre des agneaux, un torrent sa rive.

CORYDON.

J'ai ici le genièvre et la châtaigne hérissée; les fruits tombés sous les arbres jonchent partout la terre;
tout rit aujourd'hui: mais si le bel Alexis s'en allait de ces montagnes, on verrait les fleuves eux-mêmes tarir.

THYRSIS.

Nos champs sont arides; l'air embrasé fait mourir nos herbes altérées; Bacchus lui-même envie à nos coteaux les pampres qui les ombrageaient: mais que ma Phyllis revienne, et tout le bois reverdira,
et les cieux descendront en pluie féconde sur nos campagnes.

CORYDON.

Le peuplier est agréable à Hercule, la vigne à Bacchus, le myrte à la belle Vénus, le laurier à Apollon. Phyllis aime les coudriers: tant que Phyllis les aimera, le myrte ne l'emportera pas sur les coudriers, non plus que le laurier de Phébus.

THYRSIS.

Le frêne embellit nos forêts, le pin nos jardins, le peuplier les fleuves, le sapin les hautes montagnes: mais si tu viens, beau Lycidas, me voir plus souvent, le frêne dans nos forêts, la pin dans nos jardins, le céderont à toi.

MÉLIBÉE.

Je me souviens de ces vers, et que Thyrsis disputa vainement la victoire:
et, depuis ce temps-là, Corydon est toujours pour moi sans égal.

 

Par GO - Publié dans : VIRGILE, BUCOLIQUES - Communauté : Latinistes
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Commentaires

Ce blog est vraiment bien fait et très utile, mais, si je puis me permettre, il y a quelques erreurs de traduction ainsi que de de nombreux ajouts au texte d'origine.
Je les aurais bien relevés mais je n'ose pas car je me doute que cette traduction est une bonne voire une très bonne traduction littéraire. Pourtant, pour des élèves qui en ont besoin dans un cadre scolaire, elle n'est du tout assez proche du texte.
Donc si ce blog est fait principalement à l'adresse d'élèves, je suggère que vous choisissiez une traduction plus fidèle...
Commentaire n°1 posté par une élève pour qui ce blog a été bien utile le 14/04/2009 à 19h13

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