HORACE, ART POETIQUE, VERS 48 à 62

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HORACE, ART POETIQUE, VERS 48 à 62

 

 

Reddiderit junctura novum. Si forte necesse est
Indiciis monstrare recentibus abdita rerum :
Fingere cinctutis non exaudita Cethegis                   50
Continget, dabiturque licentia sumpta pudenter ;
Et nova fictaque nuper habebunt verba fidem, si
Graeco fonte cadant, parce detorta. Quid autem
Caecilio Plautoque dabit Romanus, ademptum
Virgilio Varioque ? Ego cur, acquirere pauca           55
Si possum, invideor, quum lingua Catonis et Enni
Sermonem patrium ditaverit, et nova rerum
Nomina protulerit? Licuit semperque licebit
Signatum praesente nota producere nomen.
Ut sylvae foliis pronos mutantur in annos,              60
Prima cadunt : ita verborum vetus interit aetas,
Et juvenum ritu florent modo nata, vigentque.

 

nieuse, rajeunir une expression surannée. Vous faut-il des termes nouveaux , pour exprimer des idées nouvelles: eh bien! vous créerez des mots inconnus à l'oreille de nos vieux Céthégus. Oui, vous aurez ce privilège, à condition que vous n'en abusiez pas ; ces mots neufs, ces mots de création nouvelle sont assurés de faire fortune, si, dérivés du grec, ils se latinisent sans effort. Mais quoi ? les Romains accorderaient-ils à Cécilius et à Plaute un droit qu'ils refuseraient à Virgile , à Varius ? Et quelle raison de me reprocher, à moi, certaines innovations utiles, peut-être, quand la plume de Caton et d'Ennius sut enrichir la langue nationale d'une foule de mots qui n'existaient pas ? — Non : s'il est un droit qu'on a toujours eu, qu'on aura toujours, c'est celui de mettre en circulation un mot frappé au coin de l'usage. Quand, au déclin des années, les forêts perdent leurs feuilles, ce sont les premières venues qui tombent les premières : ainsi passent les mots vieillis, tandis que les nouveaux s'épanouissent,

 

si junctura callida

si une alliance ingénieuse

reddiderit novum

aura (a) rendu neuve

verbum notum.

une expression déjà connue.

Si forte

Si par hasard

est necesse monstrare

il est nécessaire de désigner

indiciis recentibus

par des termes nouveaux

abdita

les parties cachées (inconnues )

rerum,

des choses (de la nature),

continget

il t'arrivera

fingere non exaudita

de créer des mots non entendus

Cethegis cinctutis ;

des Céthégus couverts-du-cinctus;

licentiaque

et une telle liberté,

sumpta pudenter

prise avec-discrétion,

dabitur ;

te sera permise ;

et verba nova

et les expressions nouvelles

fictaque nuper

et créées récemment

habebunt fidem,

obtiendront confiance (faveur),

si cadant

si elles tombent (si elles découlent)

fonte graeco,

d'une source grecque,

detorta parce.

détournées peu (dérivées sans-effort).

Quid autem Romanus

Mais pourquoi le peuple Romain

dabit Caecilio Plautoque,

accordera-t-il à Cécilius et à Plaute

ademptum

un droit enlevé (refusé)

Virgilio Varioque?

à Virgile et à Varius?

Cur ego,

Et pourquoi moi,

si possum acquirere

si je puis acquérir (créer)

pauca,

des mots peu-nombreux (quelques mots),

invideor:

suis-je envié (blâmé) :

quum lingua

lorsque la langue

Catonis et Enni

de Caton et d'Ennius

ditaverit sermonem

a enrichi le langage

patrium,

de-notre-pays ( de-nos-pères ),

et protulerit

et a mis-en-avant

nomina nova rerum ?

des noms nouveaux de choses ?

Licuit,

Il a été permis ,

licebitque semper

et il sera permis toujours

producere

de produire (de mettre-en-circulation )

nomen signatum

un mot marqué

nota praesente.

d'un cachet présent (actuel).

Ut sylvae

Quand les forets

mutantur foliis

sont changées (changent) de feuilles,

in pronos annos,

vers le déclin-de l'année,

prima

les feuilles venues-les-premières

cadunt :

tombent les premières :

ita interit

ainsi périt (disparaît)

aetas vetus verborum;

la génération antique des mots;

et nata modo

et les mots nés récemment

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