HORACE, ART POETIQUE, VERS 404 à 419

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HORACE, ART POETIQUE, VERS 404 à 419

 

 

Et vitae monstrata via est; et gratia regum
Pieriis tentata modis; ludusque repertus,                             
405
Et longorum operum finis : ne forte pudori
Sit tibi Musa lyrae solers, et cantor Apollo.
Natura fieret laudabile carmen, an arte ,
Quaesitum est Ego, nec studium sine divite vena,
Nec rude quid possit video ingenium : alterius sic             
410
Altera poscit opem res, et conjurat amice.
Qui studet optatam cursu contingere metam,
Multa tulit fecitque puer; sudavit et alsit;
Abstinuit venere et vino. Qui Pythia cantat
Tibicen, didicit prius, extimuitque magistrum.                     415
Nunc satis est dixisse : « Ego mira poemata pango :
Occupet extremum scabies ! mihi turpe relinqui est,
Et, quod non didici, sane nescire fateri.»
Ut praeco, ad merces turbam qui cogit emendas,

 

plus qu'en vers; la morale parla le même langage; pour gagner la faveur des rois, on emprunta la douce voix des neuf soeurs ; enfin, c'est la poésie qui nous donna le théâtre, délassement si doux après les pénibles travaux. Ne rougissez donc pas de toucher la lyre des Muses, et de chanter avec Apollon. Est-ce la nature, ou bien l'art, qui fait les grands poètes? — Sur cette question, souvent débattue, voici quel est mon sentiment : sans l'inspiration féconde, l'étude est impuissante, et le génie ne peut rien sans l'étude; mais ils ont besoin l'un de l'autre, et tous deux, étroitement unis, ils conspirent au même but. L'athlète qui brûle de triompher à la course, a soumis son enfance aux épreuves les plus rudes : il a souffert et de la chaleur et du froid ; il n'a connu ni l'amour ni l'ivresse. Avant de se faire entendre aux fêtes d'Apollon Pythien, le joueur de flûte a longtemps appris, longtemps tremblé sous un maître. Mais en poésie! il suffit de dire : « Des vers ! oh! j'en fais d'admirables ! Malheur au dernier ! moi, je rougirais de l'être, fi donc ! et d'avouer naïvement que j'ignore ce que je n'ai pas appris. » Voyez, comme à l'appel du crieur public, accourt la foule em-

 

et via vitae

et la route de la vie ( la morale)

est monstrata ;

fut enseignée en vers ;

et gratia regum tentata

et la faveur des rois fut briguée

modis Pieriis;

par les accords des-Piérides (des Muses);

ludusque

et les jeux scéniques

et finis

et, par eux, la fin (le délassement)

longorum operum

des longs travaux

repertus :

furent inventés :

ne Musa

ainsi, que la Muse

solers lyrae,

habile-à-toucher la lyre,

et cantor Apollo

et que le chantre Apollon

sit forte pudori tibi.

ne soient donc pas à honte à toi.

Est quaesitum

On a discuté

carmen laudabile

si un poème louable (un bon poème)

fieret natura, an arte.

était fait par la nature, ou par l'art.

Ego , video

Pour moi, je ne vois

nec quid studium possit

ni ce que l'étude (l'art) peut produire

sine vena divite,

sans la veine riche ( sans l'inspiration),

nec

ni ce que peut produire

ingenium rude :

le génie grossier (sans l'art) :

sic altera res

tellement l'une de ces deux choses

poscit opem alterius,

exige le secours de l'autre,

et conjurat

et conspire (concourt) avec elle

amice.

d'une-manière-amie.

Qui studet continger

Celui qui désire atteindre

metam optatam

la borne désirée

cursu,

au-combat-de-la-course,

tulit fecitque multa,

a supporté et a fait beaucoup de choses

puer ;

quand il était jeune ;

sudavit et alsit ;

il a sué et il a-eu-froid ;

abstinuit venere et vino,

il s'est abstenu de l'amour et du vin.

Tibicen,

Le joueur-de-flûte,

qui cantat Pythia,

qui chante dans-les-jeux-Pythiens,

didicit prius,

a pris-des-leçons auparavant,

extimuitque magistrum.

et a redouté un maître.

Nunc est satis

Et il ne suffit pas, pour être poète,

Dixisse :

d'avoir dit ( de dire ) :

« Ego pango poemata mira:

« Moi, je compose des vers admirables:

« scabies occupet

« que la gale s'empare

« extremum !

« du dernier ( malheur au dernier ) !

« est turpe mihi

« c'est chose honteuse pour moi

« relinqui,

« d'être laissé-en-arrière,

« et fateri sane

« et d'avouer raisonnablement

« nescire

« que-je-ne-sais-pas

« quod non didici. »

« ce-que je n'ai pas appris. »

Ut praeco ,

Comme le crieur public,

qui cogit turbam

qui rassemble la foule

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