LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE I, EXTRAITS, CHAP. 3 (1)

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LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE I, EXTRAITS, CHAP. 3 (1)

 

 

III. - TOUT SE TRANSFORME, RIEN NE S'ANEANTIT. (V. 216-265.)

 

 

Huc accedit uti quicque in sua corpora rursum

Dissolvat Natura, neque ad nilum interimat res.

Nam, si quid mortale e cunctis partibus esset,

Ex oculis res quaeque repente erepta periret.

Nulla vi foret usus enim, quae partibus ejus.

Discidium parere, et nexus exsolvere posset.

Quod nunc, aeterno quia constant semine quaeque,

Donec vis obiit, quae res diverberet ictu,

Aut intus penetret per inania, dissoluatque,

Nullius exitium patitur Natura videri.

Praeterea, quaecunque vetustate amovet aetas,

Si penitus perimit, consumens materiem omnem,

Unde animale genus generatim in lumina vitae

Redducit Venus? Aut redductum daedala tellus

Unde alit atque auget, generatim pabula praebens?

Unde mare ingenui fontes externaque longe

Flumina suppeditant? Unde aether sidera pascit?

Omnia enim debet, mortali corpore quae sunt,

Infinita aetas consumpse anteacta, diesque,

Quod si in eo spatio atque anteacta aetate fuere,

E quibus haec rerum consistit summa refecta,

Immortali sunt natura praedita certe :

Haud igitur possunt ad nilum quaeque reverti.

Denique res omnes eadem vis causaque volgo

Conficeret, nisi materies aeterna teneret,

Inter se nexu minus aut magis indupedita;

Tactus enim leti satis esset causa profecto;

Quippe, ubi nulla forent aeterno corpore, quorum

Contextum vis deberet dissolvere quaeque.

At nunc, inter se quia nexus principiorum

Dissimiles constant, aeternaque materies est,

Incolumi remanent res corpore, dum satis acris

Vis obeat pro textura cujusque reperta.

Haud igitur redit ad nilum res ulla, sed omnes

Discidio redeunt in corpora materiaï,

Postremo pereunt imbres, ubi eos pater Aether

In gremium matris Terraï praecipitavit :

At nitidae surgunt fruges, rami que virescunt

Arboribus; crescunt ipsae, fetuque gravantur.

Hinc alitur porro nostrum genus atque ferarum :

Hinc laetas urbes pueris florere videmus,

Frondiferasque novis avibus canere undique silvas :

Hinc fessae pecudes pingui per pabula laeta

Corpora deponunt, et candens lacteus humor

Uberibus manat distentis ; hinc nova proles

Artubus infirmis teneras lasciva per herbas

Ludit, lacte mero mentes percussa novellas.

Haud igitur penitus pereunt quaecunque videntur:

Quando alid ex alio reficit Natura, nec ullam

Rem gigni patitur, nisi morte adjuta aliena.

 

A cette vérité, joignons-en une autre, c'est que la Nature n'anéantit rien, mais dissout chaque tout en ses atomes élémentaires. Si les élements étaient destructibles, les corps disparaîtraient en un moment; et il ne serait pas nécessaire qu'une action lente troublât l'union des principes, en rompit les liens; au lieu que la N ature, ayant rendu éternels les éléments de la matière, ne nous présente l'image de la destruction, que quand une force étrangère a frappé la masse ou pénétré le tissu des corps. D'ailleurs, si le temps anéantissait tout ce qui disparaît à nos yeux, et dévorait toute la matière, comment Vénus ramènerait-elle à la lumière les différentes espèces d'animaux? Comment les nourrirait-elle et donnerait-elle à chaque espèce les pâturages qui lui conviennent? De quel réservoir les sources indigènes et les fleuves étrangers tireraient-ils ce tribut continuel qu'ils viennent de si loin payer à l'Océan? De quels aliments se repaîtraient les feux du ciel? Si les éléments étaient périssables, la révolution de tant de siècles écoulés devrait en avoir tari la source. Si, au contraire, aussi anciens que les temps, ils travaillent de toute éternité aux reproductions de la Nature, ils sont nécessairement immortels. Ainsi donc rien dans l'Univers ne peut s'anéantir. Enfin,la même cause ferait périr tous les corps si leurs éléments n'étaient éternels et liés par des noeuds plus ou moins serrés. Le toucher seul suffirait pour les détruire. Quelle résistance opposerait un frêle assemblage de parties destructibles? Au lieu que les différents liens des corps étant dissemblables, et la matière éternelle, chaque être subsiste jusqu'à ce qu'il éprouve un choc proportionné à la force qui unit ses principes. Rien donc ne s'anéantit, et la destruction n'est que la dissolution des éléments. Ces pluies que l'air fécond verse à grands flots dans le sein de notre mère commune, vous paraissent perdues; mais par elles la terre se couvre de moissons, les arbres reverdissent, leur cime s'élève, leurs rameaux se courbent sous le poids des fruits. Ce sont ces pluies salutaires qui fournissent aux hommes leurs aliments, et aux animaux leur pâture. De là cette jeunesse florissante qui peuple nos villes, ce nouvel essaim de chantres harmonieux qui font retentir nos bois. Voyez les troupeaux reposer dans les riants pâturages leurs membres fatigués d'embonpoint; des ruisseaux d'un lait pur s'échappent de leurs mamelles tendues. Enivrés de cette douce liqueur, les tendres agneaux s'égayent sur le gazon, et essayent entre eux mille jeux folâtres. Les corps ne sont donc pas anéantis en disparaissant à nos yeux. La Nature forme de nouveaux êtres de leurs débris; et ce n'est que par la mort des uns qu'elle donne la vie aux autres.

 

 

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