LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE II, EXTRAITS, CHAP. 3 (1)

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LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE II, EXTRAITS, CHAP. 3 (1)

 

 

III. - LE MYTHE DE CYBELE. (V. 589-642.)

 

 

Principio tellus habet in se corpora prima,

Unde mare immensum volventes flumina fontes

Assidue renovent : habet ignes unde oriantur.

Nam multis succensa locis ardent sola terrae :

Eximiis vero furit ignibus impetus Aetnae.

Tum porro nitidas fruges, arbustaque laeta

Gentibus humanis habet unde extollere possit;

Unde etiam fluidas frondes, et pabula laeta

Montivago generi possit praebere ferarum.

Quare magna deum Mater, Materque ferarum,

Et nostri Genetrix haec dicta est corporis una.

Hanc veteres Graium docti cecinere poetae

Sublimem in curru bijugos agitare leones,

Aeris in spatio magnam pendere docentes

Tellurem, neque posse in terra sistere terram.

Adjunxere feras; quia, quamvis effera, proles

Officiis debet molliri victa parentum :

Muralique caput summum cinxere corona;

Eximiis munita locis quod sustinet urbes:

Quo nunc insigni per magnas praedita terras

Horrifice fertur divinae matris imago.

Hanc variae gentes, antiquo more sacrorum,

Idaeam vocitant Matrem, Phrygiasque catervas

Dant comites, quia primum ex illis finihus edunt

Per terrarum orbem fruges coepisse creari.

Gallos attribuunt; quia, numen qui violarint

Matris, et ingrati genitoribus inventi sint,

Significare volunt indignos esse putandos,

Vivam progeniem qui in oras luminis edant.

Tympana tenta tonant palmis, et cymbala circum

Concava, raucisonoque minantur cornua cantu,

Et Phrygio stimulat numero cava tibia mentes

Telaque praeportant, violenti signa furoris,

Ingratos animos atque impia pectora volgi

Conterrere metu quae possint numini Divae.

Ergo quum primum, magnas invecta per urbes,

Munificat tacita mortales muta salute,

Aere atque argento sternunt iter omne viarum

Largifica stipe ditantes; ninguntque rosarum

Floribus, umbrantes Matrem comitumque catervas.

Hic armata manus (Curetas nomine Graii

Quos memorant Phrygios) inter se forte quod armis

Ludunt, in numerumque exsultant ; sanguinolenti,

Terrificas capitum quatientes numine cristas,

Dictaeos referunt Curetas, qui Jovis illum

Vagitum in Creta quondam occultasse feruntur :

Quum pueri circum puerum pernice chorea,

Armati in numerum pulsarent aeribus aera,

Ne Saturnus eum malis mandaret adeptus,

Aeternumque daret matri sub pectore volnus,

Propterea magnam armati Matrem comitantur,

Aut quia significant Divam praedicere, ut armis

Ac virtute velint patriam defendere terram,

Praesidioque parent decorique parentibus esse.

 

Commençons par la terre. La terre contient les éléments des grands fleuves qui vont sans cesse renouveler la mer; elle contient les principes des feux souterrains qui la dévorent, de ces flammes bouillonnantes que l'Etna vomit dans sa fureur. Elle contient enfin les germes des grains et des fruits qu'elle offre à l'homme, ceux des feuilles souples et des gras pâturages destinés à nourrir les hôtes farouches des montagnes. Voila pourquoi on lui a donné les noms de Mère auguste des dieux et des animaux, de Créatrice du genre humain. Les doctes poètes de l'ancienne Grèce la représentaient assise sur un char traîné par des lions; ils nous enseignaient par là que, suspendue dans l'espace, elle ne pourrait avoir pour base une autre terre. Les animaux furieux soumis au joug, signifient que les bienfaits des parents doivent triompher des caractères les plus farouches. On lui a ceint la tête d'une couronne murale, parce que sa surface est couverte de villes et de forteresses. Cette couronne guerrière inspire encore aujourd'hui la terreur aux peuples chez qui l'on promène la statue de la déesse. Les nations de tout pays, suivant un usage antique et solennel, l'appellent Idéenne, et lui donnent pour cortège une troupe de Phrygiens, parce que le genre humain doit à l'industrie de ces peuples la culture des grains. Ses prêtres sont mutilés pour enseigner aux mortels que ceux qui outragent la majesté sainte d'une mère, ou qui manquent de reconnaissance envers un père, sont indignes eux-mêmes de revivre dans leur postérité. Ces vils ministres font résonner dans leurs mains des tambours bruyants, des cymbales retentissantes, le cornet au son rauque et menaçant, et la flûte creuse dont les accents phrygiens excitent la fureur dans les âmes. Leurs bras sont aussi armés de piques, instruments de la mort, pour jeter l'épouvante dans les coeurs impies et dénaturés. Aussi tandis que la statue muette de la déesse, portée dans les grandes villes, répand silencieusement sur les mortels les effets de la munificence , tous les chemins sont jonchés d'or et d'argent; les prêtres sont comblés de dons; une nuée de fleurs odorantes ombrage la Mère des dieux et son cortège. Alors une troupe armée, que les Grecs nomment Curètes Phrygiens, jouent et se frappent entre eux avec leurs armes ; ils dansent et regardent avec joie le sang qui coule de leurs corps; les aigrettes menaçantes qu'ils agitent sur leurs têtes, rappellent ces anciens Curètes qui couvraient, dans la Crète, les vagissements de Jupiter, alors qu'enfants, ils exécutaient en armes des danses rapides autour de son berceau, et frappaient en mesure l'airain bruyant, de peur que Saturne ne dévorât le dieu de sa dent cruelle, et ne portât une éternelle blessure au coeur de sa divine mère. Voilà pourquoi la déesse est environnée de gens armés. Peut-être aussi veut-elle avertir par-là les hommes de se tenir prêts à défendre leur patrie les armes à la main, et d'être à la fois la gloire et le soutien de leurs parents.

 

 

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