CICERON, LE SONGE DE SCIPION, CHAP. XIV

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CICERON, LE SONGE DE SCIPION, CHAP. XIV

 

 

Quae cum dixisset: 'Ego uero,' inquam, 'Africane, si quidem bene meritis de patria quasi limes ad caeli aditus patet, quamquam a pueritia uestigiis ingressus patris et tuis decori uestro non defui, nunc tamen tanto praemio eito enitar multo uigilantius.' Et ille: 'Tu uero enitere et sic habeto, non esse te mortalem, sed corpus hoc; nec enim tu is es, quem forma ista declarat, sed mens cuiusque is est quisque, non ea figura, quae digito demonstrari potest. Deum te igitur scito esse, si quidem est deus, qui uiget, qui sentit, qui meminit, qui prouidet, qui tam regit et moderatur et mouet id corpus, cui praepositus est, quam hunc mundum ille princeps deus, et ut mundum ex quadam parte mortalem ipse deus aeternus, sic fragile corpus animus sempiternus mouet.

 

Lorsqu'il eut ainsi parlé, O Scipion, lui dis-je, s'il est vrai que tes services rendus à la patrie nous ouvrent les portes du ciel, votre fils, qui depuis son enfance a marché sur vos traces et sur celles de Paul-Émile, et n'a peut-être pas manqué à ce difficile héritage de gloire, veut aujourd'hui redoubler d'efforts, à la vue de ce prix admirable. ? Courage! me dit-il, et souviens-toi que si ton corps doit périr, toi, tu n'es pas mortel; cette forme sensible, ce n'est pas toi;ce qui fait l'homme, c'est l'âme, et non cette figure que l'on peut montrer du doigt. Sache donc que tu es dieu; car c'est être dieu que d'avoir la vigueur, de sentir, de se souvenir, de prévoir, de gouverner, de régir et de mouvoir le corps qui nous est attaché, comme le Dieu suprême gouverne le monde. Semblable à ce Dieu éternel qui meut le monde, en partie corruptible, l'âme immortelle meut le corps périssable.

 

XIV. Quum dixisset quae :

XIV. Comme il avait dit ces choses:

« Ego vero, inquam ,

« Mais moi, dis, je,

o Africane,

ô Scipion l'Africain,

si quidem limes quasi

si à la vérité un sentier pour-ainsi-dire

patet ad aditum coeli

est ouvert pour l'accès du ciel

bene meritis de patria,

à ceux qui ont bien mérité de la patrie,

quanquam,

quoique,

a pueritia ingressus

dès l'enfance ayant marché

vestigiis patriis, et tuis ,

sur les traces paternelles, et sur les tiennes,

non defui vestro decori;

je n'aie pas failli à votre gloire,

nunc tamen

maintenant cependant

enitar multo vigilantius,

je m'efforcerai beaucoup plus activement,

praemio tanto proposito. »

un prix si grand m'étant proposé . »

Et ille :

Et lui :

« Tu vero enitere,

« Oui toi efforce-toi,

et habeto sic,

et aie ainsi (et sois convaincu de ceci),

te non esse mortalem,

toi ne pas être mortel,

sed hoc corpus:

mais ce corps êre mortel :

etenim tu non es

et en effet toi tu n'es pas

quem ista forma declarat;

celui que cette forme montre (indique);

sed mens cujusque,

mais telle est l'âme de chacun,

is quisque est,

tel chacun est,

non ea figura

et non cette figure

quae potest

qui peut

demonstrari digito.

être montrée du doigt.

Scito igitur te esse deum:

Sache donc toi être dieu :

si quidam qui viget,

si vraiment celui qui a-vie,

qui sentit,

qui sent,

qui providet ,

qui prévoit,

qui regit et moderatur

qui régit et gouverne

et movet id corpus,

et meut ce corps,

cui praepositus est,

auquel il a été préposé ,

tam quam ille Deus princeps

autant que ce Dieu souverain

hunc mundum,

gouverne ce monde,

est deus.

est dieu.

Et ut Deus aeternus ipse

Et comme ce Dieu éternel lui-même

movet mundum

meut le monde

mortalem ex quadam parte,

mortel en une certaine partie

sic animus sempiternus

ainsi l'âme éternelle

corpus fragile.

meut un corps fragile.

 

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