PHEDRE, FABLES, LIVRE I, FABLE XX, LE LION, LE SANGLIER, LE TAUREAU ET L'ANE

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PHEDRE, FABLES, LIVRE I, FABLE XX, LE LION, LE SANGLIER, LE TAUREAU ET L'ANE

 

 

Leo Senex, Aper, Taurus et Asinus

Quicumque amisit dignitatem pristinam,
ignauis etiam iocus est in casu graui.
Defectus annis et desertus uiribus
leo cum iaceret spiritum extremum trahens,
aper fulmineis spumans uenit dentibus,
et uindicauit ictu ueterem iniuriam.
Infestis taurus mox confodit cornibus
hostile corpus. Asinus, ut uidit ferum
impune laedi, calcibus frontem extudit.
At ille exspirans 'Fortis indigne tuli
mihi insultare: Te, Naturae dedecus,
quod ferre certe cogor bis uideor mori'.

 

LE LION, LE SANGLIER, LE TAUREAU ET L'ANE.

Quiconque a perdu son ancien prestige devient, dans sa douloureuse déchéance, le jouet des lâches eux-mêmes. Affaibli par l'âge et abandonné de ses forces, un lion était couché à terre et près de rendre le dernier soupir. Un sanglier armé de défenses foudroyantes vint sur lui et d'un coup se vengea d'une ancienne injustice. Bientôt, fonçant cornes baissées, un taureau transperça le corps de son ennemi. L'âne, voyant qu'on pouvait impunément outrager l'animal sauvage, lui brisa le front de son sabot. Mais le lion expirant lui dit : « Des braves, ce n'est pas sans m'indigner que j'ai souffert l'insulte; mais de toi, honte de la nature, devoir, en mourant, être réduit à subir les atteintes, c'est, me semble-t-il, mourir deux fois. »

 

FABULA XX.

FABLE XX.

LEO SENEX , APER ,

LE LION devenu VIEUX, LE SANGLIER,

TAURUS ET ASINUS.

LE TAUREAU ET L'ANE.

Quicunque amisit

Quiconque a perdu

pristinam dignitatem,

son antique dignité,

est jocus etiam ignavis

est un jouet même pour les lâches

in casu gravi.

dans un malheur déplorable.

Quum leo

Comme un lion

defectus annis,

accablé par les années,

et desertus viribus,

et abandonné de ses forces,

jaceret, trahens

gisait, tirant

extremum spiritum,

son dernier souffle,

aper venit ad eum

un sanglier vint à lui

dentibus fulmineis,

avec ses dents foudroyantes,

et vindicavit ictu

et il vengea d'un seul coup

veterem injuriam.

une ancienne injure.

Mox taurus

Bientôt le taureau

confodit corpus hostile

perça le corps de-son-ennemi

cornibus infestis.

de ses cornes cruelles.

Ut asinus vidit ferum

Quand l'âne vit l'animal-sauvage

laedi impune,

être (pouvoir être)-offensé impunément,

extudit frontem calcibus.

il lui broya le front à coups-de-pied.

At ille exspirans :

Mais celui-ci expirant, dit :

« Tuli indigne

« J'ai souffert avec-indignation

fortes insultare mihi ;

des animaux courageux insulter moi ;

certe videor mori bis,

mais certes je me-parais mourir deux fois,

quod cogor ferre te,

en ce-que je suis forcé de souffrir toi ,

dedecus naturae ! »

toi, l'opprobre de la nature ! »

 

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