PHEDRE, FABLES, LIVRE III, FABLE XVI, LE PAON A JUNON

Publié le par GO

PHEDRE, FABLES, LIVRE III, FABLE XVI, LE PAON A JUNON

 

 

Pauo ad Iunonem de uoce sua

 

Pauo ad Iunonem uenit, indigne ferens

cantus luscinii quod sibi no tribuerit;

illum esse cunctis auribus mirabilem,

se derideri simul ac uocem miserit.

Tunc consolandi gratia dixit dea:

"Sed forma uincis, uincis magnitudine;

nitor smaragdi collo praefulget tuo,

pictisque plumis gemmeam caudam explicas."

"Quo mi" inquit "mutam speciem si uincor sono?"

"Fatorum arbitrio partes sunt uobis datae;

tibi forma, uires aquilae, luscinio melos,

augurium coruo, laeua cornici omina;

omnesque propriis sunt contentae dotibus.

Noli adfectare quod tibi non est datum,

delusa ne spes ad querelam reccidat."

 

LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON

Le paon vint trouver Junon, fort mécontent de ce qu'elle ne lui avait pas donné en partage le chant du rossignol. Celui-ci, disait-il, excitait l'admiration de tous les oiseaux; lui au contraire devenait un objet de raillerie, dès qu'il faisait entendre sa voix. Alors, pour le consoler, la déesse lui dit : «Mais ta beauté est plus grande, plus grande est la taille. L'éclat de l'émeraude brille sur le devant de ton cou et les couleurs de tes plumes semblent des pierreries sur ta queue déployée.» — «A quoi me sert, dit le paon, une beauté muette, si je suis inférieur à tous par la voix?» — «C'est le destin qui, à son gré, vous a assigné vos qualités : à toi la beauté, la force à l'aigle, au rossignol le chant, le don de prophétie au corbeau, à la corneille celui des signes favorables se manifestant du côté gauche, et tous sont satisfaits de leurs avantages personnels. Abstiens-toi de rechercher ce qui ne t'a pas été donné, de peur qu'une déception ne te fasse retomber dans tes plaintes.»

 

FABULA XVI.

FABLE XVI.

PAVO AD JUNONEM.

LE PAON A JUNON.

Pavo venit ad Junonem,

Le paon vint auprès-de Junon,

ferens indigne

supportant avec-indignation

quod non tribuerit sibi

qu'elle n'eût pas donné à lui

cautus luscinii :

les chants (le chant) du rossignol :

illum esse admirabilem

il disait cet oiseau être admirable

cunctis auribus ,

pour toutes les oreilles ,

se derideri

au lieu que lui-même (le paon) être bafoué

simul ac miserit vocem.

dès qu'il aura émis (fait entendre) sa voix.

Tunc, gratia consolandi ,

Alors, pour le consoler,

dea dixit :

la déesse lui dit:

« Sed vincis forma,

« Mais tu l'emportes par la beauté,

vincis magnitudine;

tu l'emportes par la grandeur ;

nitor smaragdi

l'éclat de l'émeraude

praefulget tuo collo,

brille-en-avant- de (brille à) ton cou,

plumisque pictis

et avec tes plumes peintes (variées)

explicas

tu déploies

caudam gemmeam.

une queue de-pierreries.

— Quo mi, inquit,

— A-quoi-bon à moi (que me sert), dit-il,

speciem mutam,

d'avoir une beauté muette ,

si vincor sono ?

si je suis vaincu par le son (par la voix) ?

— Partes datae sunt vobis

— Des dons ont été accordés à vous

arbitrio fatorum :

au gré des destins :

tibi forma,

à toi la beauté,

vires aquilae,

les forces à l'aigle,

melos luscinio,

le chant au rossignol,

augurium corvo,

l'augure au corbeau,

cornici omina laeva,

à la corneille les présages funestes,

omnesque sunt contentae

et tous sont contents

dotibus propriis. »

de leurs qualités propres (respectives). »

Noli affectare

Ne-veuille-pas ambitionner

quod non datum est tibi ,

ce-qui ne fut pas accordé à toi ,

ne spes delusa

de-peur-que ton espoir trompé

reccidat ad querelam.

ne retombe vers (n'aboutisse à) la plainte.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article