CICERON, DE AMICITIA CHAP. VII (1)

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 CICERON, DE AMICITIA CHAP. VII (1)

 

 


VII. Quumque plurimas et maximas commoditates amicitia contineat, tum illa nimirum praestat omnibus, quod bonam spem praelucet in posterum, nec delibitari animos aut cadere patitur. Verum enim amicum qui intuetur, tanquam exemplar aliquod intuetur sui. Quocirca et absentes adsunt, et egentes abundat, et imbecilli valent, et, quod difficilius dictu et, mortui vivunt: tantus eos honos, memeria, desiderium prosequitur amicorum. Ex quo illorum beata mors videtur, horum vita laudabilis. Quod si exemeris ex rerum natura benevolentia conjunctionem, nec domus ulla, nec urbs stare poterit; ne agri quidem cultus permanebit. Id si minus intelligitur, quanta vis amicitiae concordiaeque sit, ex dissensionibus atque discordiis percipi potest. Quae enim domus tam stabilis, quae tam firma civitas est, quae non odiis atque dissidiis funditus possit everti? Ex quo, quantum boni sint in amicitia, judicari potest. Agrigentinum quidem doctum quemdam virum carmibus Graecis vaticinatum ferunt, quae in rerum natura totoque mundo constarent, quaeque moverentur, ea contrahere amicitiam, dissipare discordiam. Atque hoc quidem omnes mortales et intellegunt, et re probant. Itaque, si quando aliquod officium exstitit amici in periculis aut adeundis aut communicandis, quis est, qui id non maximis efferat laudibus? Qui clamores tota cavea nuper in hospitis et amici mei; M. Pacuvii, nova fabula quum, ignorante rege, uter esset Orestes, Pylades Orestem se esse diceret, ut pro illo necaretur; Orestes autem, ita ut erat, Orestem se esse persevareret. Stantes plaudebant in re ficta: quid arbitramemur in vera factuos fuisse? Facile indicabat ipsa natura vim suam, quum homines, quod facere ipsi non possent, id recte fieri in altero judicarent. Hactenus mihi videor, de amicitia quid sentirem, potuisse dicere. Si qua praeterea sunt (crede autem esse multa), ab iis, si videbitur, qui ista disputant, quaeritote. FANNIUS. Nos autem a te potius: quanquam etiam ab istis saepe quaesivi, et audivi, non invitus equidem; sed aliud quoddam filum orationis tuae. SCAEVOLA. Tum magis id diceres, Fabbi, si nuper in hortis Scipionis, quum est de Republica disputatum adfuisses. Qualis tum patronus justitiae fuit contra accuratam orationem Phili! FANNIUS. Facile id quidem fuit, justitiam justissimo viro defendere. SCAEVOLA. Quid amicitiam? Nonne facile ei, qui ob eam summe fide, constantia justitiaque servatam, maximam gloriam cepeerit?


VII. Parmi les avantages si nombreux et si grands que procure l'amitié, le plus précieux sans aucun doute, c'est qu'elle fait luire à nos yeux, dans l'avenir, la douce lumière de l'espérance, et qu'elle ne laisse point notre âme se décourager et s'abattre. Car celui qui contemple un véritable ami, voit en lui, pour ainsi dire, sa propre image. Par l'amitié, les absents sont présents, les pauvres sont riches, les faibles sont forts, et, ce qui plus merveilleux encore, les morts sont vivants; tant les respects, les souvenirs, les regrets de leurs amis les rattachent à l'existence. Et cette piété, qui semble rendre heureuse la mort des uns, honore en même temps la vie des autres. Otez de la nature ce commerce de bienveillance, il n'y aura plus ni maison, ni cité; la culture des champs sera même abandonnée. Si l'on ne sent pas encore toute la force de l'amitié et de la concorde, les dissensions et les discordes la font suffisamment comprendre. Est-il une maison assez solide, un Etat assez ferme pour n'être point renversés de fond en comble par les haines et les divisions? On peut juger par là de tous les bienfaits de l'amitié. On dit qu'un savant philosophe d'Agrigente, dans un poème évrit en grec, a expliqué que tout ce qui existe dans la nature et dans l'univers entier, soit à l'état de repos, soit à celui de mouvement, est réuni par l'amour et séparé par la haine. C'est une vérité que tous les hommes comprennent et qu'ils confirment par leurs actions. Qu'un ami brave la mort pour son ami, ou veuille partager ses dangers, il n'est personne qui ne lui décerne les plus grands éloges. Quelles acclamations éclatèrent dernièrement dans tout l'amphithéâtre, à la nouvelle pièce de Pacuvius, mon hôte et mon ami, lorsque, le roi ignorant lequel des deux était Oreste, on vit Pylade affirmer que c'était lui, afin d'être immolé pour son ami, tandis qu'Oreste soutenait de son côté qu'il était Oreste, comme il l'était en vérité! Les spectateurs applaudissaient à une fiction: que n'eussent ils pas fait pour la réalité? La nature manifestait ainsi toute sa force: ce dévouement dont ils se sentaient eux-même incapables, ils l'admiraient dans autrui comme une noble action. Voilà, ce me semble, tout ce que je peux dire pour vous faire comprendre mon sentiment sur l'amitié. si, comme je le pense, il y a encore beacoup à dire sur ce sujet, adressez-vous, si vous le jugez à propos, à ceux qui traitent de telles questions. FANNIUS. C'est à vous plutôt, Lélius, que nous nous adresserons: cependant j'ai souvent consulté ceux dont vous parlez; je les ai même écoutés avec plaisir; mais votre manière d'envisager la question est tout à fait nouvelle. SCÉVOLA. Vous institeriez encore davantage, Fannius, si vous vous étiez trouvé dernièrement dans les jardins de Scipion, lors de la discussion sur la République. Avec quelle éloquence Lélius se porta le défenseur de la justice contre les habiles attaques de Philus! FANNIUS. Il dut être facile au plus juste des hommes de défendre la justice. SCÉVOLA. Et l'amitié ne sera-t-elle pas facilement défendue par celui qui doit sa plus grande gloire à la fidélité, à la constance et à la justice avec lesquelles il a cultivé l'amitié.


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