PHEDRE, FABLES, LIVRE IV, FABLE XIX, LA FOURMI ET LA MOUCHE

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PHEDRE, FABLES, LIVRE IV, FABLE XIX, LA FOURMI ET LA MOUCHE

 

 

 

FORMICA ET MUSCA.

 

Formica et Musca contendebant acriter
Quae pluris esset. Musca sic coepit prior .
« Conferre nostris tu potes te laudibus?
Ubi immolatur, exta praegusto Deum ,
Moror inter aras , templa perlustro omnia ;
In capite regis sedeo , quum visum est mihi;
Et matronarum casta delibo oscula ;
Nihil laboro , atque optimis rebus fruor.
Quid horum simile tibi contingit , rustica?
— Est gloriosus sane convictus Deum.
Sed illi qui invitatur, non qui invisus est.
Aras frequentas ! nempe abigeris quo venis.
Reges commemoras et matronarum oscula !
Superba jactas, tegere quod debet pudor.
Nihil laboras ! ideo , quum opus est, nil habes.
Ego granum in hiemem quum studiose congero,
Te circa murum video pasci stercore.
Aestate me lacessis : cur bruma siles ?
Mori contractam quum te cogunt frigora ,
Me copiosa recipit incolumem domus.
Satis profecto rettudi superbiam. »
Fabella talis hominum discernit notas:
Eorum qui se falsis ornant laudibus ,
Et quorum virtus exhibet solidum decus.

 

LA FOURMI ET LA MOUCHE.

 

La fourmi et la mouche contestaient vivement de leur mérite. La mouche se mit à dire la première : « Peux-tu bien te comparer à moi? Immole-t-on une victime, je goûte la première ses entrailles ; je vis au milieu des autels; je voltige de temple en temple; et, quand bon me semble , je me pose sur la tête des rois. Je ravis de doux baisers aux lèvres chastes des dames. Je ne me donne aucune peine, et je jouis des plus grands biens. T'arrive-t-il rien de comparable, misérable habitante des champs? — Il est glorieux, je l'avoue, de prendre part aux festins des dieux ; mais pour celui qu'ils y invitent, et non pour l'importun parasite. Tu hantes les autels, mais dès qu'on t'y aperçoit , on te chasse. Tu me parles de rois, de baisers ravis aux dames ! insensée , tu te vantes avec orgueil de ce que , par pudeur, tu devrais cacher. Tu ne travailles pas ! et voilà pourquoi, quand le besoin te presse, tu n'as rien. Pour moi, tandis qu'à force de fatigues je remplis mes greniers pour l'hiver , je te vois le long des murs te repaître des plus vils aliments. L'été , tu me harcelles de ton bourdonnement : pourquoi donc te tais-tu l'hiver? Alors que le froid resserre tous tes membres et te donne la mort, moi , je me retire saine et sauve au fond de ma demeure abondamment fournie. Mais assurément en voilà assez pour confondre ton orgueil. » Cette fable fait connaître les caractères bien différents de ces hommes qui se parent de faux avantages, et de ceux dont le mérite brille d'un solide éclat.

 

FABULA XIX.

FABLE XIX.

FORMICA ET MUSCA.

LA FOURMI ET LA MOUCHE.

Formica et musca

La fourmi et la mouche

contendebant acriter

disputaient vivement

quae esset pluris.

laquelle était d'un plus-grand prix.

Musca coepit sic prior :

La mouche commença ainsi la première :

« Tu potes conferre te

« Toi, peux-tu comparer toi

nostris laudibus?

à nos (à mon) mérites?

Ubi immolatur,

Quand il est-fait-un-sacrifice,

praegusto exta

je goûte-la-première les entrailles

deum,

des dieux (offertes aux dieux),

moror inter aras ,

je séjourne (je vis) au-milieu des autels,

perlustro omnia templa ;

je parcours tous les temples ;

sedeo in capite regis,

je m'assieds (je me pose) sur la tête du roi ,

quum visum est mihi,

quand il a paru (il paraît) bon à moi ,

et delibo

et je cueille

casta oscula matronarum ;

les chastes baisers des dames ;

laboro nihil,

je ne travaille (fais) rien,

atque fruor optimis rebus.

et je jouis des meilleurs biens.

Quid simile horum

Quoi de semblable à ces avantages

contingit tibi, rustica?

arrive à toi, habitante-des-champs ?

— Sane convictus deum

— Sans-doute l'état-de-convive des dieux

est gloriosus,

est glorieux,

sed illi qui invitatur,

mais pour celui qui est invité,

non qui est invisus.

non pour celui qui leur est odieux.

Frequentas aras !

Tu fréquentes les autels !

nempe abigeris

c'est-à-dire-que tu es chassée

quo venis.

de tous les lieux où tu vas.

Commemoras reges

Tu parles des rois

et oscula matronarum !

et des baisers des (ravis aux) dames!

Superba, jactas

Orgueilleuse, tu te vantes

quod pudor debet legere.

de ce-que la pudeur doit cacher.

Laboras nihil !

Tu ne fais rien !

ideo habes nil,

aussi tu n'as rien ,

quum opus est.

lorsque besoin est à toi.

Ego,quum congero studiose

Moi, lorsque je ramasse avec-zèle

granum in hiemem,

du grain pour l'hiver,

video te circa murum

je vois toi à l'entour d'un mur

pasci stercore.

te repaître d'ordures.

Aestate lacessis me :

L'été, tu harcelles moi :

cur bruma siles ?

pourquoi, l'hiver, te tais tu?

Quum frigora cogunt mori

Lorsque les froids forcent à mourir

te contractam ,

toi resserrée (glacée),

domus copiosa

ma demeure abondamment-pourvue

recipit me incolumem.

reçoit (abrite) moi saine-et-sauve.

Profecto

Certainement

rettudi satis superbiam. »

j'ai rabattu assez ton orgueil. »

Talis fabella discernit

Une-telle (cette) fable distingue

notas hominum,

les marques (les caractères) des hommes,

eorum qui ornant se

du ceux qui parent eux-mêmes

falsis laudibus,

de fausses louanges,

et quorum virtus

et de ceux dont le mérite

exhibet decus solidum.

montre un éclat solide.

 

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