CORNELIUS NEPOS, VIES DES GRANDS CAPITAINES, AGESILAS, CHAP. IV

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CORNELIUS NEPOS, VIES DES GRANDS CAPITAINES, LIVRE I, AGESILAS, CHAP. IV

 

 

 

Hic cum iam animo meditaretur proficisci in Persas et ipsum regem adoriri, nuntius ei domo uenit ephororum missu, bellum Athenienses et Boeotos indixisse Lacedaemoniis; quare uenire ne dubitaret. In hoc non minus eius pietas suspicienda est quam uirtus bellica: qui cum uictori praeesset exercitui maximamque haberet fiduciam regni Persarum potiundi, tanta modestia dicto audiens fuit iussis absentium magistratuum, ut si priuatus in comitio esset Spartae. Cuius exemplum utinam imperatores nostri sequi uoluissent! Sed illuc redeamus. Agesilaus opulentissimo regno praeposuit bonam existimationem multoque gloriosius duxit, si institutis patriae paruisset, quam si bello superasset Asiam. Hac igitur mente Hellespontum copias traiecit tantaque usus est celeritate, ut quod iter Xerxes anno uertente confecerat, hic transierit XXX diebus. Cum iam haud ita longe abesset a Peloponneso, obsistere ei conati sunt Athenienses et Boeotii ceterique eorum socii apud Coroneam; quos omnes graui proelio uicit. Huius uictoriae uel maxima fuit laus, quod, cum plerique ex fuga se in templum Mineruae coniecissent quaerereturque ab eo, quid his uellet fieri, etsi aliquot uulnera acceperat eo proelio et iratus uidebatur omnibus, qui aduersus arma tulerant, tamen antetulit irae religionem et eos uetuit uiolari. Neque uero hoc solum in Graecia fecit, ut templa deorum sancta haberet, sed etiam apud barbaros summa religione omnia simulacra arasque conseruauit. Itaque praedicabat mirari se, non sacrilegorum numero haberi, qui supplicibus eorum nocuissent, aut non grauioribus poenis affici, qui religionem minuerent, quam qui fana spoliarent.

 

Pendant qu’il méditait de partir pour la Perse et d’attaquer le roi lui-même, il lui arriva un courrier dépêché par les éphores, et apportant la nouvelle que les Athéniens et les Béotiens avaient déclaré la guerre aux Lacédémoniens ; on l’engageait à ne pas hésiter à revenir. On ne doit pas moins admirer en ceci son tendre respect pour sa patrie que son mérite militaire. Étant à la tête d’une armée victorieuse, et ayant le plus grand espoir de se rendre maître du royaume des Perses, il se soumit à l’ordre des magistrats, bien qu’éloigné d’eux, avec autant de docilité que s’il se fût trouvé à Sparte, dans l’assemblée, simple particulier. Plût aux dieux que nos généraux eussent voulu suivre cet exemple ! Mais revenons à lui. Agésilas préféra à un puissant empire une bonne renommée, et jugea plus glorieux d’obéir aux lois de sa patrie que de subjuguer l’Asie par les armes. Animé de ces sentiments, il transporta ses troupes de l’autre côté de l’Hellespont avec une telle rapidité, qu’il fit en trente jours un trajet qui avait demandé à Xerxès une année entière. Il approchait du Péloponnèse, quand les Athéniens, avec les Béotiens et le reste de leurs alliés, tentèrent, auprès de Coronée, de lui fermer le passage ; mais il les défit dans une bataille terrible. Voici peut-être, le trait le plus glorieux de sa victoire : la plupart des fuyards s’étant réfugiés dans le temple de Minerve, on lui demanda ce qu’il voulait qu’on fît à leur égard ; bien qu’il eût reçu plusieurs blessures dans le combat, et qu’il se montrât irrité contre tous ceux qui avaient porté les armes contre lui, il sacrifia sa colère à la religion et défendit qu’on leur fît aucun mal. Ce ne fut pas seulement en Grèce qu’il respecta les temples des dieux ; mais chez les barbares même il conserva avec le plus grand scrupule toutes les images et tous les autels. Aussi disait-il souvent qu’il s’étonnait de ne pas voir mettre au nombre des sacrilèges ceux qui maltraitaient des suppliants, et de ne pas voir punir ceux qui portaient atteinte à la religion plus sévèrement que ceux qui dépouillaient les temples.

 

IV. Quum hic

IV. Tandis que celui-ci

meditaretur animo

méditait dans son esprit

proficisci in Persas

de partir contre les Perses

et adoriri regem ipsum,

et d'attaquer le roi lui-même,

nuntius venit ei

un message vint à lui

domo,

de la maison (patrie),

jussu ephororum,

par l'ordre des éphores,

Athenienses

annonçant les Athéniens

et Boeotios

et les Béotiens

indixisse bellum

avoir déclaré la guerre

Lacedaemoniis ;

aux Lacédémoniens ;

quare

en-conséquence

ne dubitaret venire.

qu'il n'hésitât pas à venir.

In hoc pietas ejus

En ceci l'amour de lui pour la patrie

non suspicienda est minus

ne doit pas être admiré moins

quam virtus bellica :

que sa valeur guerrière :

qui, quum praeesset

lui qui, lorsqu'il était-à-la-tête

exercitui victori,

d'une armée victorieuse,

haberetque

et avait

maximam fiduciam

la plus grande confiance

potiundi regni Persarum,

de s'emparer du royaume des Perses,

fuit audiens dicto

fut obéissant à la parole

jussis

aux (des) ordres

magistratuum absentium

des magistrats absents

modestia tanta,

avec une soumission si-grande,

ut si privatus

comme si simple-particulier

esset Spartae in comitio.

il eût été à Sparte dans l'assemblée.

Cujus utinam,

Duquel plût-aux-dieux-que

nostri imperatores

nos généraux

voluissent

eussent voulu

sequi exemplum !

suivre l'exemple !

Sed redeamus illuc.

Mais revenons là.

Agesilaus praeposuit

Agésilas préféra

regno opulentissimo

à un royaume très-riche

bonam existimationem,

une bonne estime (renommée),

duxitque multo gloriosius

et jugea beaucoup plus glorieux

si paruisset

s'il avait obéi (d'obéir)

institutis patriae

aux institutions de sa patrie

quam si superasset Asiam

que s'il avait vaincu (de vaincre) l'Asie

bello.

par la guerre.

Hac igitur mente

Dans cette pensée donc

trajecit copias

il transporta ses troupes

Hellespontum ;

au delà de l'Hellespont ;

ususque est

et il usa

tanta celeritate,

d'une si-grande rapidité,

ut quod iter Xerxes

que la route que Xerxes avait faite

anno vertente,

en une année accomplissant-sa-révolution,

hic transierit

celui-ci la traversa (parcourut)

triginta diebus.

en trente jours.

Quum jam abesset

Lorsque déjà il était-à-distance

haud ita longe

pas tellement loin

a Peloponneso,

du Péloponèse,

Athenienses et Boeotii

les Athéniens et les Béotiens

ceterique socii eorum

et tous-les-autres alliés d'eux

conati sunt obsistere ei

essayèrent de s'opposer à lui

apud Coroneam :

auprès de Coronée :

quos omnes vicit

lesquels tous il vainquit

gravi proelio.

dans une rude bataille.

Laus vel maxima

La gloire même la plus grande

hujus victoriae

de cette victoire

fuit quod,

fut que,

quum plerique

lorsque la plupart

ex fuga

par-suite-de la déroute

se conjecissent

s'étaient jetés

in templum Minervae,

dans le temple de Minerve,

quaerereturque ab eo

et qu'on demandait à lui

quid vellet fieri his,

ce qu'il voulait être fait (qu'on fît) d'eux,

etsi eo proelio

bien que dans cette bataille

acceperat aliquot vulnera

il eût reçu quelques blessures

et videbatur iratus

et parût irrité

omnibus

contre tous ceux

qui tulerant arma

qui avaient porté les armes

adversus,

contre lui,

tamen antetulit irae

cependant il préféra à sa colère

religionem,

le respect-de-la-religion,

et vetuit eos violari.

et défendit eux être maltraités.

Neque vero fecit

Et en vérité il ne fit pas

solum in Graecia

seulement en Grèce

hoc, ut haberet sancta

ceci, qu'il tînt pour sacrés

templa Deorum,

les temples des Dieux,

sed etiam apud barbaros

mais encore chez les barbares

conservavit

il sauva (protégea)

summa religione

avec le plus grand respect-religieux

omnia simulacra arasque.

toutes les statues et les autels.

Itaque praedicabat

Aussi disait-il

se mirari

lui-même s'étonner

non haberi

ceux-là n'être pas tenus

numero sacrilegorum

au nombre des sacrilèges

qui nocuissent

qui avaient fait-du-mal

supplicibus eorum,

aux suppliants d'eux (des dieux),

aut qui minuerent

ou ceux qui affaiblissaient

religionem

le respect-de-la-religion

non affici

ne pas être frappés

poenis gravioribus

de peines plus sévères

quam qui spoliarent fana.

que ceux qui dépouillaient les temples.

 

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