CICERON, PRO MILONE, CHAP. IV

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CICERON, PRO MILONE, CHAP. IV

 

 

 

Atqui si tempus est ullum iure hominis necandi, quae multa sunt, certe illud est non modo iustum, verum etiam necessarium, cum vi vis inlata defenditur. Pudicitiam cum eriperet militi tribunus militaris in exercitu C. Mari, propinquus eius imperatoris, interfectus ab eo est, cui vim adferebat. Facere enim probus adulescens periculose quam perpeti turpiter maluit. Atque hunc ille summus vir scelere solutum periculo liberavit. Insidiatori vero et latroni quae potest inferri iniusta nex? Quid comitatus nostri, quid gladii volunt? quos habere certe non liceret, si uti illis nullo pacto liceret. Est igitur haec, iudices, non scripta, sed nata lex; quam non didicimus, accepimus, legimus, verum ex natura ipsa adripuimus, hausimus, expressimus; ad quam non docti sed facti, non instituti sed imbuti sumus, —ut, si vita nostra in aliquas insidias, si in vim et in tela aut latronum aut inimicorum incidisset, omnis honesta ratio esset expediendae salutis. Silent enim leges inter arma; nec se exspectari iubent, cum ei qui exspectare velit, ante iniusta poena luenda sit, quam iusta repetenda. Etsi persapienter et quodam modo tacite dat ipsa lex potestatem defendendi, quae non hominem occidi, sed esse cum telo hominis occidendi causa vetat; ut, cum causa non telum quaereretur, qui sui defendendi causa telo esset usus non minis occidendi causa habuisse telum iudicaretur. Quapropter hoc maneat in causa, iudices, non enim dubito quin probaturus sim vobis defensionem meam, si id memineritis quod oblivisci non potestis, insidiatorem iure interfici posse.

 

Or, si jamais il est des circonstances, et il en est un grand nombre, où le meurtre soit légitime, assurément il est juste, il devient même nécessaire, lorsqu'on repousse la force par la force. Un tribun, parent de Marius, voulut attenter à la vertu d'un jeune soldat; il fut tué. Cet honnête jeune homme aima mieux hasarder ses jours, que de souffrir une infamie; et son illustre général le déclara non coupable, et le délivra de tout danger. Quoi donc ! tuer un brigand et un assassin serait un crime? Eh ! pourquoi prendre des escortes dans nos voyages? pourquoi porter des armes? Certes, il ne serait pas permis de les avoir, s'il n'était jamais permis de s'en servir. II est en effet une loi non écrite, mais innée; une loi que nous n'avons ni apprise de nos maîtres, ni reçue de nos pères, ni étudiée dans nos livres : nous la tenons de la nature même; nous l'avons puisée dans son sein; c'est elle qui nous l'a inspirée: ni les leçons, ni les préceptes ne nous ont instruits à la pratiquer; nous l'observons par sentiment; nos âmes en sont pénétrées. Cette loi dit que tout moyen est honnête pour sauver nos jours, lorsqu'ils sont exposés aux attaques et aux poignards d'un brigand et d'un ennemi : car les lois se taisent au milieu des armes; elles n'ordonnent pas qu'on les attende, lorsque celui qui les attendrait serait victime d'une violence injuste avant qu'elles pussent lui prêter une juste assistance. Mais la sagesse de la loi nous donne elle-même d'une manière tacite le droit de repousser une attaque, puisqu'elle ne défend pas seulement de tuer, mais aussi de porter des armes dans l'intention de tuer : elle veut que le juge examine le motif, et prononce que celui qui a fait usage de ses armes pour sa défense, ne les avait pas prises dans le dessein de commettre le meurtre. Que ce principe reste donc constamment établi, et je ne doute point du succès de ma cause, si vous ne perdez pas de vue , ce qu'il vous est impossible d'oublier, que nous avons droit de donner la mort à qui veut nous ôter la vie.

 

IV. Atqui,

IV. Or,

si est ullum tempus

s'il est aucune circonstance

hominis necandi jure

d'un homme pouvant être tué avec droit,

quae sunt multa,

lesquelles circonstances sont nombreuses

certe illud est

certainement cette action est

non modo justum,

non seulement juste,

verum etiam necessarium,

mais encore nécessaire,

quum vis illata

lorsque la force apportée

defenditur vi.

est repoussée par la force.

In exercitu C. Marii,

Dans l'armée de C. Marius,

quum tribunus,

comme un tribun.

propinquus

proche parent

ejus imperatoris,

de ce général,

eriperet pudicitiam militi,

voulait ravir la chasteté à un soldat,

est interfectus ab eo,

il fut tué par celui

cui afferebat vim.

à qui il apportait la violence.

Probus enim adolescens

Car le vertueux jeune homme

maluit facere periculose,

aima-mieux agir avec-danger,

quam perpeti turpiter :

que de supporter avec-honte :

atque ille vir summus

et cet homme très-grand (Marius)

liberavit periculo hunc,

délivra du danger ce soldat,

solutum scelere.

absous du crime.

Quae vero nex injusta

Or quelle mort injuste

potest inferri

peut être apportée

insidiatori

à un dresseur-d'embûches

et latroni?

et à un brigand ?

Quid volunt

Que veulent

nostri comitatus,

nos escortes,

quid gladii?

que veulent nos glaives ?

quos certe

lesquels assurément

non liceret habere,

il ne serait pas permis d'avoir,

si liceret uti illis

s'il n'était permis de se servir d'eux

nullo pacto.

à aucune condition.

Haec igitur lex est, judices,

Cette loi existe donc, juges,

non scripta, sed nata ;

non pas écrite, mais née (naturelle) ;

quam non didicimus,

que nous n'avons pas apprise,

accepimus,

que nous n'avons pas reçue,

legimus,

que nous n'avons pas lue,

verum arripuimus,

mais que nous avons saisie,

hausimus,

que nous avons puisée,

expressimus

que nous avons tirée

ex natura ipsa ;

de la nature elle-même ;

ad quam

pour laquelle

non sumus docti,

nous n'avons pas été instruits,

sed facti,

mais faits,

non instituti,

ni formés,

sed imbuti :

mais dont nous avons été imbus :

ut, si nostra vita

que, si notre vie

incidisset

venait à tomber

in aliquas insidias,

dans quelques embûches,

si in vim,

si elle venait à tomber dans la violence

si in tela

si elle venait à tomber dans les traits

aut latronum,

ou de brigands,

aut inimicorum,

ou d'ennemis,

omnis ratio

tout moyen

expediendae salutis

de dégager notre salut

esset honesta.

serait honnête.

Leges enim silent

Car les lois se taisent

inter arma,

au milieu des armes,

nec jubent se exspectari,

et elles n'ordonnent pas elles être attendues

quum injusta poena

alors qu'une injuste peine

sit luenda

est à-payer

ei qui velit exspectare,

pour celui qui voudrait attendre,

ante quam justa

avant qu'une juste peine

repetenda.

soit à-réclamer.

Etsi lex ipsa

Quoique la loi elle-même

persapienter,

tout à fait-sagement,

et quodam modo tacite,

et de quelque façon tacitement,

dat potestatem defendendi ;

donne le pouvoir de se défendre ;

quae vetat

elle qui interdit

non modo hominem occidi,

non-seulement un homme être tué ,

sed esse cum telo

mais quelqu'un être avec une arme

causa occidendi hominis ;

pour tuer un homme

ut, quum causa ,

afin que, lorsque le motif,

non telum quaereretur,

et non pas l'arme, serait recherché,

qui esset usus telo

celui qui se serait servi d'une arme

causa sui defendendi,

pour se défendre,

non judicaretur

ne fût pas jugé

habuisse telum

avoir eu une arme

causa occidendi hominis.

pour tuer un homme.

Quapropter, judices,

Ainsi donc, juges,

hoc maneat in causa.

que ceci reste dans la cause.

Non enim dubito,

Car je ne doute pas,

quin sim probaturus vobis

que je ne doive faire-approuver à vous

meam defensionem,

ma défense,

si memineritis id,

si vous vous souvenez de ceci,

quod non potestis oblivisci,

que vous ne pouvez pas oublier,

insidiatorem

un dresseur-d'embûches

posse interfici jure.

pouvoir être tué avec droit.

 

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