CICERON, PRO MILONE, CHAP. IX

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CICERON, PRO MILONE, CHAP. IX

 

 

 

Quam ob rem, iudices, ut aliquando ad causam crimenque ueniamus, -- si neque omnis confessio facti est inusitata, neque de causa nostra quicquam aliter ac nos uellemus a senatu iudicatum est, et lator ipse legis, cum esset controuersia nulla facti, iuris tamen disceptationem esse uoluit, et ei lecti iudices isque praepositus est quaestioni, qui haec iuste sapienterque disceptet, -- reliquum est, iudices, ut nihil iam quaerere aliud debeatis, nisi uter utri insidias fecerit. Quod quo facilius argumentis perspicere possitis, rem gestam uobis dum breuiter expono, quaeso, diligenter attendite. P- Clodius cum statuisset omni scelere in praetura uexare rem publicam, uideretque ita tracta esse comitia anno superiore, ut non multos mensis praeturam gerere posset, -- qui non honoris gradum spectaret, ut ceteri, sed et L- Paulum conlegam effugere uellet, singulari uirtute ciuem, et annum integrum ad dilacerandam rem publicam quaereret, -- subito reliquit annum suum, seseque in annum proximum transtulit: non (ut fit) religione aliqua, sed ut haberet, quod ipse dicebat, ad praeturam gerendam, hoc est, ad euertendam rem publicam, plenum annum atque integrum. Occurrebat ei mancam ac debilem praeturam futuram suam consule Milone: eum porro summo consensu populi Romani consulem fieri uidebat. Contulit se ad eius competitores, sed ita, totam ut petitionem ipse solus etiam inuitis illis gubernaret, tota ut comitia suis, ut dictitabat, umeris sustineret. Conuocabat tribus, se interponebat, Collinam nouam dilectu perditissimorum ciuium conscribebat. Quanto ille plura miscebat, tanto hic magis in dies conualescebat. Ubi uidit homo ad omne facinus paratissimus fortissimum uirum, inimicissimum suum, certissimum consulem, idque intellexit non solum sermonibus, sed etiam suffragiis populi Romani saepe esse declaratum, palam agere coepit, et aperte dicere occidendum Milonem. Seruos agrestis et barbaros, quibus siluas publicas depopulatus erat Etruriamque uexarat, ex Apennino deduxerat, quos uidebatis. Res erat minime obscura. Etenim palam dictitabat consulatum Miloni eripi non posse, uitam posse. Significauit hoc saepe in senatu, dixit in contione. Quin etiam M- Fauonio, fortissimo uiro, quaerenti ex eo qua spe fureret Milone uiuo, respondit triduo illum aut summum quadriduo esse periturum: quam uocem eius ad hunc M- Catonem statim Fauonius detulit.

 

Ainsi, pour arriver enfin à l'objet de cette cause, si l'aveu du fait n'est pas une chose inusitée; si rien n'a été préjugé contre nous par le sénat; si l'auteur même de la loi, sachant que le fait n'est pas contesté, a voulu que le droit fût discuté; si un président et des juges également éclairés et intègres ont été choisis pour composer ce tribunal et prononcer dans ce jugement, il ne vous reste plus qu'à rechercher qui des deux est l'agresseur. Afin que ce discernement vous devienne plus facile, daignez écouter avec attention le récit des faits : je vais les exposer en peu de mots. Clodius avait projeté de tourmenter la république, pendant sa préture, par tous les crimes possibles; mais il voyait que les comices de l'année dernière avaient été si longtemps retardés, qu'à peine il lui resterait quelques mois pour exercer cette magistrature. Bien différent des autres, la gloire d'être nommé flattait peu son désir; ce qu'il voulait, c'était d'éviter d'être le collègue du vertueux L. Paullus, et de pouvoir déchirer la patrie pendant toute une année : il se désisla tout à coup, et réserva son droit pour l'élection suivante, non par scrupule, comme il arrive quelquefois, mais parce qu'il lui fallait, ainsi qu'il le disait lui-même, une année complète et entière pour exercer la préture, c'est-à-dire, pour bouleverser la république. Il ne se dissimulait pas que, sous un consul tel que Milon, l'autorité de sa préture serait faible et gênée : car tous les voeux du peuple romain portaient Milon au consulat. Que fait-il? II s'unit aux autres compétiteurs; mais de manière que seul, même malgré eux, il dirige toutes les brigues et qu'il porte les comices entiers sur ses épaules : ce sont ses propres expressions. Il convoque les tribus, marchande les suffrages, enrôle la plus vile populace dans la nouvelle tribu Colline. Vains efforts! plus il s'agite, plus les forces de Milon s'accroissent : il ne peut plus douter que cet homme intrépide, son ennemi déclaré, ne soit nommé consul; c'est le bruit de toute la ville; déjà même les suffrages du peuple romain se sont déclarés. Alors ce scélérat, déterminé à tous les crimes, quitte le masque, et dit ouvertement qu'il faut tuer Milon. II avait fait descendre de l'Apennin des esclaves sauvages et barbares, dont il s'était servi pour dévaster les forêts publiques et ravager l'Étrurie. Ils étaient ici sous vos yeux; ses intentions n'étaient pas cachées. Il publiait partout que, si l'on ne pouvait pas ravir le consulat à Milon , on pouvait lui ôter la vie. Il l'a fait entendre plusieurs fois dans le sénat; il l'a dit en pleine assemblée. Interrogé même par Favonius sur ce qu'il espérait de ses fureurs, lorsque Milon était vivant, il répondit que, dags trois ou quatre jours au plus tard, Milon serait mort. Favonius aussitôt fit part de cette réponse à Caton, un de nos juges.

 

IX. Quamobrem, judices,

IX. Ainsi, juges,

Ut veniamus aliquando

pour que nous venions enfin

ad causam crimenque,

à la cause et à l'accusation ,

si neque omnis confessio

si et tout aveu

facti

du fait

est inusitata,

n'est pas inusité,

neque quidquam

et si quelque chose

est judicatum a senatu

n'a pas été jugé par le sénat

de nostra causa

touchant notre cause

aliter ac nos vellemus ;

autrement que nous ne voudrions ;

et lator ipse legis ,

et si l'auteur même de la loi,

quum esset

alors qu'il n'existerait

nulla controversia facti,

aucune discussion du fait,

voluit tamen

a voulu cependant

esse disceptationem juris ;

être une contestation du droit;

et judices electi,

et si des juges ont été choisis,

isque praepositus

et si celui-là a été préposé

quaestioni,

à la commission,

qui disceptet haec

qui puisse-décider ces choses

juste sapienterque :

justement et sagement :

est reliquum, judices,

il est restant (il reste), juges,

ut debeatis jam

que vous ne deviez déjà

quaerere nihil aliud,

rechercher rien autre chose,

nisi, uter

sinon, lequel des deux

fecerit insidias utri.

a fait (dressé) des embûches à l'autre.

Quod quo possitis

Laquelle question afin que vous puissiez

perspicere facilius

pénétrer plus facilement

argumentis,

d'après les preuves,

dum vobis expono breviter

tandis que je vous expose brièvement

rem gestam, quaeso,

la chose faite, je vous prie,

attendite diligenter.

soyez-attentifs avec-soin.

Quum P. Clodius

Comme P. Clodius

statuisset

avait résolu

vexare rempublicam

de tourmenter la république

omni scelere

par tout crime possible

in praetura,

pendant sa préture,

videretque comitia

et qu'il voyait les comices

esse tracta ita

avoir été prolongés tellement

anno superiore,

l'année precédente,

ut non posset

qu'il ne pourrait pas

gerere praeturam

exercer la préture

multos menses ;

pendant beaucoup de mois ;

qui non spectaret

lui qui n'avait-pas-en-vue

gradum honoris,

le degré (l'élévation) de cette dignité

ut ceteri,

comme les autres,

sed et vellet

mais et qui voulait

effugere collegam

éviter pour collègue

L. Paulum,

L. Paulus,

civem virtute singulari,

citoyen d'une vertu singulière,

et quaereret

et qui recherchait

annum integrum

une année entière

ad dilacerandam

pour déchirer

rempublicam ;

la république ;

subito reliquit

tout à coup il abandonna

suum annum,

son année,

seque transtulit

et se transféra

in annum proximum,

à l'année prochaine,

non, ut fit,

non pas, comme cela se fait,

aliqua religione,

par quelque scrupule,

sed ut haberet,

mais afin qu'il eût,

quod dicebat ipse,

ce qu'il disait lui-même,

ad gerendam praeturam,

pour exercer la préture,

hoc est,

c'est-à-dire,

ad evertendam

pour renverser

rempublicam,

la république,

annum plenum

une année pleine

atque integrum.

et entière.

Occurrebat ei,

Cette pensée se présentait à lui,

suam praeturam

sa préture

futuram mancam

devoir être mutilée (impuissante)

ac debilem ,

et faible,

Milone consule :

Milon étant consul :

porro videbat eum

de plus il voyait lui ;

fieri consulem

être fait consul

summo consensu

avec le plus grand accord

populi romani.

du peuple romain.

Se contulit

Il se transporta

ad competitores ejus ;

vers les compétiteurs de lui

sed ita, ut ipse solus,

mais de telle sorte, que lui-même seul,

etiam illis invitis,

même eux ne-voulant-pas,

gubernaret

dirigeait

totam petitionem ;

toute la brigue ;

ut sustineret suis humeris,

qu'il soutenait de ses épaules,

ut dictitabat,

comme il le disait-fréquemment,

comitia tota.

les comices tout entiers.

Convocabat tribus ;

Il convoquait les tribus ;

se interponebat;

il s'entremettait ;

conscribebat

il enrôlait

novam Collinam,

la nouvelle tribu Colline,

delectu

par une levée

civium perditissimorum.

des citoyens les plus corrompus.

Quanto plura

D'autant plus de choses

ille miscebat,

celui-là (Clodius) brouillait,

tanto magis hic

d'autant plus celui-ci (Milon)

convalescebat in dies.

se fortifiait de jour en jour.

Ubi homo

Dès que cet homme

paratissimus

très-disposé

ad omne facinus

à tout crime

vidit virum fortissimum,

vit un homme très-courageux,

inimicissimum suum,

très-ennemi de-lui,

consulem certissimum ,

consul très-assuré,

intellexitque id

et qu'il comprit cela

esse declaratum saepe

avoir été déclaré souvent

non solum sermonibus,

non seulement par les conversations,

sed etiam suffragiis

mais encore par les suffrages

populi romani,

du peuple romain,

coepit agere palam,

il commença à agir publiquement,

et dicere aperte,

et à dire ouvertement,

Milonem occidendum.

Milon devoir être tué.

Deduxerat ex Apennino

Il avait fait-descendre de l'Apennin

servos agrestes

des esclaves sauvages

et barbaros,

et barbares,

quibus erat depopulatus

avec lesquels il avait dévasté

silvas publicas,

les forêts publiques,

vexaratque Etruriam,

et avait ravagé l'Etrurie ,

quos videbatis.

esclaves que vous voyiez.

Res erat minime obscura.

La chose n'était pas du tout obscure.

Etenim dictitabat

Et en effet il répétait-souvent

palam,

publiquement,

consulatum non posse

le consulat ne pouvoir pas

eripi Miloni,

être ravi à Milon,

vitam posse.

la vie pouvoir lui être ravie.

Significavit hoc

Il a fait-entendre cela

saepe in senatu ;

souvent dans le sénat ;

dixit in concione.

il l'a dit dans l'assemblée.

Quin etiam respondit

Bien plus encore il répondit

Favonio, viro fortissimo,

à Favonius, homme très-courageux,

quaerenti ex eo,

qui demandait à lui,

qua spe

dans quelle espérance

fureret,

il exerçait-ses-fureurs,

Milone vivo,

Milon étant vivant,

illum periturum

lui (Milon) devoir périr

triduo,

dans un espace-de-trois-jours,

ad summum quatriduo;

au plus , de-quatre-jours ;

quam vocem ejus

laquelle parole de lui

Favonius detulit statim

Favonius dénonça sur-le-champ

ad hunc M. Catonem.

à ce M. Caton ici présent.

 

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