CICERON, PRO MILONE, CHAP. XXXVI

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CICERON, PRO MILONE, CHAP. XXXVI

 

 

 

Haec tu mecum saepe his absentibus, sed isdem audientibus haec ego tecum, Milo: 'Te quidem, cum isto animo es, satis laudare non possum; sed, quo est ista magis diuina uirtus, eo maiore a te dolore diuellor. Nec uero, si mihi eriperis, reliqua est illa tamen ad consolandum querella, ut eis irasci possim, a quibus tantum uolnus accepero. Non enim inimici mei te mihi eripient, sed amicissimi; non male aliquando de me meriti, sed semper optime.' Nullum umquam, iudices, mihi tantum dolorem inuretis -- etsi quis potest esse tantus? -sed ne hunc quidem ipsum, ut obliuiscar quanti me semper feceritis. Quae si uos cepit obliuio, aut si in me aliquid offendistis, cur non id meo capite potius luitur quam Milonis? Praeclare enim uixero, si quid mihi acciderit prius quam hoc tantum mali uidero. Nunc me una consolatio sustentat, quod tibi, T- Anni, nullum a ille amoris, nullum studi, nullum pietatis officium defuit. Ego inimicitias potentium pro te appetiui; ego meum saepe corpus et uitam obieci armis inimicorum tuorum; ego me plurimis pro te supplicem abieci; bona, fortunas meas ac liberorum meorum in communionem tuorum temporum contuli: hoc denique ipso die, si quae uis est parata, si quae dimicatio capitis futura, deposco. Quid iam restat? Quid habeo quod faciam pro tuis in me meritis, nisi ut eam fortunam, quaecumque erit tua, ducam meam? Non recuso, non abnuo; uosque obsecro, iudices, ut uestra beneficia, quae in me contulistis, aut in huius salute augeatis, aut in eiusdem exitio occasura esse uideatis.

 

Telles sont, Milon, les paroles que tu m'as adressées mille fois, loin de nos juges ; voici ce que je te réponds en leur présence : J'admire ton courage; il est au-dessus de tous les éloges; mais aussi plus cette vertu est rare et sublime, plus il me serait affreux d'être séparé de toi. Si tu m'es enlevé , je n'aurai pas même la triste consolation de pouvoir hair ceux qui m'auront porté un coup aussi funeste. Ce ne sont pas mes ennemis qui t'arracheront à moi; ce sont mes amis les plus chers; ce sont les hommes qui dans tous les temps m'ont comblé de bienfaits. Non , citoyens, quelque douleur que vous me causiez (eh ! puis-je en éprouver qui me soit plus sensible?), je n'oublierai jamais les témoignages d'estime que vous m'avez toujours donnés. Si vous en avez perdu vous-même le souvenir, si quelque chose en moi a pu vous offenser, est-ce donc à Milon d'en porter la peine? Je ne regretterai pas la vie, si la mort m'épargne un spectacle aussi douloureux. Mon cher Milon, une seule consolation me soutient en ce moment; c'est que j'ai rempli tous les devoirs de la reconnaissance et de l'amitié. Pour toi, j'ai bravé la haine des hommes puissants; pour toi, j'ai souvent exposé ma tète au fer de tes ennemis; je suis descendu pour toi au rang des suppliants; dans tes malheurs, j'ai partagé avec toi mes biens, ma fortune et celle de mes enfants. Enfin, si quelque violence est préparée aujourd'hui contre ta personne, si tes jours sont menacés, je demande que tous les coups retombent sur moi seul. Que puis-je dire de plus? que puis je faire encore pour m'acquitter envers toi, si ce n'est de me résigner moi-même au sort qu'on te réserve, quel qu'il puisse être. Eh bien ! je ne le refuse pas; j'accepte cette condition, et je vous prie, citoyens, d'être persuadés qu'en sauvant Milon, vous mettrez le comble à tout ce que je vous dois, ou que tous vos bienfaits seront anéantis par sa condamnation.

 

XXXVI. Tu saepe

XXXVI. Toi souvent

haec mecum,

tu tenais ces discours avec moi,

his absentibus ;

ces juges-ci étant absents ;

sed, iisdem audientibus,

mais, ces mêmes juges entendant,

ego haec tecum, Milo.

je tiens ceux-ci avec toi, Milon.

Non possum quidem

Je ne puis pas à la vérité

te laudare satis ,

te louer assez,

quum es isto animo :

de ce que tu es animé de ces sentiments ;

sed, quo ista virtus

mais, d'autant cette vertu

est magis divina,

est plus divine,

eo divellor a te

d'autant je suis séparé de toi

majore dolore.

avec une plus grande douleur.

Nec vero, si mihi eriperis,

Ni assurément, si tu m'es arraché

illa querela saltem

cette plainte du moins

est reliqua

n'est pas restant à moi

ad consolandum,

pour me consoler,

ut possim irasci

à savoir que je puisse m'irriter

his , a quibus accepero

contre ceux desquels j'aurai reçu

tantum vulnus.

une si grande blessure.

Non enim mei inimici

Car ce ne sont pas mes ennemis

te eripient mihi ,

qui t'arracheront à moi,

sed amicissimi ;

mais mes meilleurs-amis;

non meriti de me

non pas des hommes qui ont mérité de moi

male aliquando,

mal quelquefois,

sed semper optime.

mais toujours très bien.

Mihi inuretis , judices ,

Vous ne m'infligerez , juges ,

nullum dolorem unquam

aucune douleur jamais

tantum

si grande

( etsi quis

(bien que quelle douleur

potest esse tantus ?),

peut être aussi grande?),

sed ne hunc quidem ipsum,

mais pas même celle-ci même,

ut obliviscar,

que j'oublie,

quanti

de quel grand prix ( combien )

me feceritis semper.

vous m'avez fait (estimé) toujours.

Si quae oblivio cepit vos,

Si cet oubli s'est emparé de vous,

aut si offendistis

ou si vous avez été choqués

aliquid in me,

en quelque chose en moi,

cur id non luitur

pourquoi cela n'est-il pas expié

meo capite potius

par ma tête plutôt,

quam Milonis?

que par celle de Milon ?

Vixero enim praeclare,

Car j'aurai vécu glorieusement,

si quid mihi acciderit

si quelque malheur m'arrive

prius, quam videro

avant que j'aie vu

hoc tantum mali.

ce si grand excès de malheur.

Nunc una consolatio

Maintenant une seule consolation

me sustentat,

me soutient, savoir

quod nullum officium

qu'aucun devoir

amoris, studii,

d'amitié, de zèle ,

pietatis,

de piété,

tibi defuit a me,

ne t'a manqué de ma part,

T. Anni.

T. Annius.

Ego appetivi pro te

J'ai recherché pour toi

inimicitias potentium :

les inimitiés des puissants :

ego objeci saepe

j'ai exposé souvent

meum corpus et vitam

mon corps et ma vie

armis tuorum inimicorum :

aux armes de tes ennemis :

ego me abjeci supplicem

je me suis prosterné suppliant

plurimis

devant un très grand nombre de citoyens

pro te :

pour toi :

contuli bona ,

j'ai apporté mes biens ,

meas fortunas,

ma fortune,

ac meorum liberorum,

et celle de mes enfants,

in communionem

dans le partage

tuorum temporum ;

de tes circonstances malheureuses ;

denique hoc die ipso ,

enfin dans ce jour même ,

si qua vis est parata,

si quelque violence a été préparée ,

si qua dimicatio capitis

si quelque combat de la tête (pour la vie)

futura, deposco.

doit avoir lieu, je le réclame.

Quid restat jam?

Que reste-t-il encore?

quid habeo , quod dicam,

qu'ai-je , que je puisse dire,

quod faciam

que je puisse faire

pro tuis meritis in me,

pour tes services envers moi,

nisi ut ducam meam

sinon que j'estime mienne

eam fortunam,

cette fortune,

quaecumque erit tua?

quelle-qu'elle-soit-qui sera la tienne ?

Non recuso, non abnuo :

Je ne le refuse pas, je ne le refuse pas :

vosque obsecro, judices,

et je vous conjure, juges,

ut, aut augeatis

que , ou vous augmentiez

in salute hujus

par le salut de celui-ci

vestra beneficia ,

vos bienfaits,

quae contulistis in me,

que vous avez amassés sur moi,

aut videatis

ou que vous voyiez

esse occasura

ces bienfaits devoir être anéantis

in exitio ejusdem.

par la perte de ce même homme.

 

Publié dans CICERON - PRO MILONE

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Maximus 17/02/2009 11:14

Bonjour , merci encore pour cette traduction mot à mot  qui m'a permis de beaucoup mieux apréhender ce texte ainsi que Cicéron , mes difficultés en latin ne m'ayant pas permis de le comprendre parfaitement.Serait il possible de trouver une traduction comme celle ci pour le livre XXX de Tite Live ? J'ai remarqué que vous n'y aviez pas encore touché , en particulier le chapitre 13 . Merci d'avanceMaximus

GO 18/02/2009 09:45


De rien! Il est vrai que je ne me suis pas encore "attaqué" à Tite Live et c'est dommage; j'y remédierai ;)