Jeudi 26 février 2009

CICERON, CATO MAJOR SEU DE SENECTUTE DIALOGUS, Chap. I

 

 

 

I.1. O Tite, si quid ego adiuero curamue leuasso,
Quae nunc te coquit et uersat in pectore fixa,
Ecquid erit praemi?
Licet enim mihi uersibus eisdem adfari te, Attice, quibus adfatur Flamininum
Ille uir haud magna cum re, sed plenus fidei; quamquam certo scio non, ut Flamininum,
Sollicitari te, Tite, sic noctesque diesque; noui enim moderationem animi tui et aequitatem, teque non cognomen solum Athenis deportasse, sed humanitatem et prudentiam intellego. Et tamen te suspicor eisdem rebus quibus me ipsum interdum grauius commoueri, quarum consolatio et maior est et in aliud tempus differenda. Nunc autem uisum est mihi de senectute aliquid ad te conscribere.
2. Hoc enim onere, quod mihi commune tecum est, aut iam urgentis aut certe aduentantis senectutis et te et me etiam ipsum leuari uolo; etsi te quidem id modice ac sapienter, sicut omnia, et ferre et laturum esse certo scio. Sed mihi, cum de senectute uellem aliquid scribere, tu occurrebas dignus eo munere, quo uterque nostrum communiter uteretur. Mihi quidem ita iucunda huius libri confecto fuit, ut non modo omnis absterserit senectutis molestias, sed effecerit mollem etiam et iucundam senectutem. Numquam igitur satis digne laudari philosophia poterit, cui qui pareat, omne tempus aetatis sine molestia possit degere.
3. Sed de ceteris et diximus multa et saepe dicemus; hunc librum ad te de senectute misimus. Omnem autem sermonem tribuimus non Tithono, ut Aristo Cius, (parum enim esset auctoritatis in fabula), sed M- Catoni seni, quo maiorem auctoritatem haberet oratio; apud quem Laelium et Scipionem facimus admirantis quod is tam facile senectutem ferat, eisque eum respondentem. Qui si eruditius uidebitur disputare quam consueuit ipse in suis libris, attribuito litteris Graecis, quarum constat eum perstudiosum fuisse in senectute. Sed quid opus est plura? Iam enim ipsius Catonis sermo explicabit nostram omnem de senectute sententiam.

 

"O Titus, si je te viens en aide et allège le souci tenace qui tourmente ton âme et l'enfièvre, quelle sera ma récompense?" Je pourrais, Atticus, te tenir ce langage que tient à Flamininus l'homme de peu de fortune mais digne de confiance. Je sais toutefois que tu n'es pas comme Flamininus nuit et jour en proie à l'inquiétude, je n'ignore pas l'équilibre qui règne dans ton âme et l'égalité de ton humeur : tu n'as pas seulement rapporté d'Athènes ton surnom, mais aussi une culture qui t'aide à bien prendre la vie. Je soupçonne néanmoins que les événements qui me troublent ne laissent pas de t'affecter assez douloureusement; ce serait une entreprise difficile que de chercher à cela une consolation et il faut l'ajourner.
Pour le moment je voudrais écrire à ton intention quelques pages sur la vieillesse: sur toi comme sur moi les années s'appesantissent, la vieillesse nous presse, elle arrive au moins à grands pas, mon désir serait d'en alléger pour nous deux le fardeau. Je sais très bien que tu l'acceptes et continueras de l'accepter avec la tranquillité qui convient aux sages et qui ne t'abandonne en aucune occurrence. Mais, quand j'ai formé le dessein d'écrire sur ce sujet, je n'ai pu faire autrement que de penser à toi, nul ne m'a paru plus digne d'un présent destiné à notre usage commun.
J'ai d'ailleurs pris, à composer cet ouvrage, un plaisir de telle qualité que tout ce que la vieillesse a de pénible s'est trouvé balayé et que je découvre maintenant en elle un agrément réel. On ne fera jamais assez l'éloge de la philosophie : pour ceux qui écoutent sa voix docilement toute période de la vie est libre de peines. Mais la philosophie en général a été souvent et sera encore un sujet d'entretien entre nous, il s'agit présentement de ce livre sur la vieillesse que je t'envoie.
Je ne suivrai pas l'exemple d'Ariston de Chio qui met en scène Tithon, un personnage fabuleux manquerait d'autorité. Je ferai parler Caton l'Ancien dont la parole a du poids, auprès de lui je placerai Lélius et Scipion qui admirent son aisance à supporter son grand âge et lui leur répondra. Si dans ses discours parait une culture qu'on ne trouve pas dans ses propres ouvrages, on pourra l'expliquer par l'étude des auteurs grecs entreprise par lui avec beaucoup de zèle, cela est bien établi, dans sa vieillesse. Mais quel besoin d'en dire plus long? Caton lui-même va développer toute ma pensée sur la vieillesse.

 

A T. POMPONIUS ATTICUS.

 

I. 1. « O Tite,

I. 1. « O Titus

si ego adjuro quid ,

si moi je vous ai aidé en quelque chose,

levassove curam,

ou (et) que j'aie allégé le souci,

quae , fixa in pectore ,

qui, enfoncé dans votre cœur,

nunc coquit et versat te,

en-ce-moment vous tourmente et vous agite,

ecquid praemi

est-ce-que-quelque-chose de (quelque) récompense

erit? »

sera à moi ? »

Licet enim mihi, Attice,

En effet il m'est permis, Atticus,

affari te eisdem versibus

de vous parler en ces-mêmes vers ,

quibus « ille vir,

dans lesquels « cet homme ,

haud cum re magna,

non avec une fortune grande,

sed plenus fidei, »

mais plein d'honneur, »

affatur Flamininum :

parle à Flamininus :

quanquam scio certo,

pourtant je sais positivement.

« Tite, te non sollicitari

« Titus, vous n'être point tourmenté

noctesque diesque »

et les nuits et les jours »

sicut Flamininum.

ainsi que Flamininus.

Novi enim moderationem

Car je connais la modération

et aequitatem tui animi,

et l'égalité de votre âme ,

et intelligo

et je sais

te deportasse Athenis

vous avoir rapporté d'Athènes

non solum cognomen,

non-seulement un surnom

sed humanitatem

mais la douceur

et prudentiam.

et la sagesse.

Et tamen suspicor

Et cependant je soupçonne

te commoveri interdum

vous être agité quelquefois

gravius eisdem rebus

profondément des mêmes choses

quibus me ipsum :

dont je sais l'être moi-même :

quarum consolatio est

desquelles la consolation est

et major

et plus grande (difficile)

et differenda in aliud tempus

et devant être remise à un autre temps

Nunc autem visum est mihi

Mais aujourd'hui il m'a paru bon

conscribere aliquid ad te

d'écrire quelque chose à vous

de senectute.

sur la vieillesse.

2. Volo enim

2. Je veux en effet

et te et me ipsum

et vous et moi-même

levari hoc onere senectutis,

être soulagés de ce fardeau de la vieillesse,

aut jam urgentis,

ou déjà nous pressant,

aut certe adventantis,

ou du moins s'avançant,

quod est commune mihi

lequel m'est commun

tecum ,

avec vous,

etsi scio certo

bien que je sache positivement

te et ferre et laturum esse id

vous et le supporter et devoir le supporter

modice ac sapienter,

modérément et sagement,

sicut omnia.

ainsi que tout.

Sed quum vellem

Mais comme je voulais

scribere aliquid

écrire quelque chose

de senectute,

sur la vieillesse,

tu occurrebas mihi

vous vous présentiez à moi (à mon esprit)

dignus eo munere,

comme digne de ce présent,

quo uterque nostrum

dont l'un-et-1'autre de nous

uteretur communiter.

userait en commun.

Confectio quidem

Vraiment la composition

hujus libri

de ce livre

fuit mihi ita jucunda

m'a été si agréable

ut non modo absterserit

que non-seulement elle a effacé

omnes molestias senectutis,

tous les ennuis de la vieillesse,

sed effecerit senectutem

mais qu'elle m'a rendu la vieillesse

mollem etiam et jucundam.

douce même et agréable.

Philosophia

La philosophie

poterit igitur nunquam

ne pourra donc jamais

laudari satis digne,

être louée assez convenablement,

cui qui pareat,

à laquelle celui qui obéit

possit degere sine molestia

peut passer sans chagrin

omne tempus aetatis.

tout le temps de sa vie.

3. Sed et diximus ,

3. Mais et nous avons dit,

et dicemus saepe multa

et nous dirons souvent beaucoup de choses

de ceteris :

sur les autres parties de la vie :

misimus ad te hunc librum

nous avons (j'ai) envoyé à vous ce livre

de senectute.

sur la vieillesse.

Tribuimus autem

Or nous attribuons

omnem sermonem

tout le discours

non Tithono ,

non à Tithon,

ut Aristo Chius ;

comme Ariston de-Chio;

parum enim auctoritatis

en effet peu d'autorité

esset in fabula;

serait dans la fable ;

sed M. Catoni seni,

mais à M. Caton le vieux,

quo oratio haberet

afin que le discours eût

auctoritatem majorem.

une autorité plus grande.

Facimus Laelium

Nous supposons Lélius

et Scipionem

et Scipion

admirantes apud quem,

s'étonnant auprès de lui,

quod is ferat senectutem

de ce qu'il supporte la vieillesse

tam facile,

si aisément,

eumque respondentem iis.

et lui leur répondant.

Si qui videbitur disputare

S'il semblera (semble) parler

eruditius

avec-plus-d'art

quam ipse consuevit

que lui-même n'a eu-contume

in suis libris,

dans ses livres,

attribuito litteris Graecis,

attribuez-le aux lettres grecques,

quarum constat

dont il est-connu

eum fuisse perstudiosum

lui avoir été très-épris

in senectute.

dans sa vieillesse.

Sed quid est opus plura ?

Mais qu'est-il besoin de dire davantage?

Jam enim

Bientôt en effet

sermo Catonis ipsius

le discours de Caton lui-même

explicabit

exposera

omnem nostram sententiam

tout notre (mon) sentiment

de senectute.

sur la vieillesse.

 

Par GO - Publié dans : CICERON, CATO MAJOR, SEU DE SENECTUTE DIALOGUS - Communauté : Latinistes
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