CICERON, CATO MAJOR SEU DE SENECTUTE DIALOGUS, Chap. VIII

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CICERON, CATO MAJOR SEU DE SENECTUTE DIALOGUS, Chap. VIII

 

 

 

VIII. Et melius Caecilius de sene alteri saeclo prospiciente quam illud idem:
Edepol, senectus, si nil quicquam aliud uiti
Adportes tecum, cum aduenis, unum id sat est,
Quod diu uiuendo multa, quae non uolt, uidet.
Et multa fortasse, quae uolt; atque in ea, quae non uolt, saepe etiam adulescentia incurrit. Illud uero idem Caecilius uitiosius:
Tum equidem in senecta hoc deputo miserrimum,
Sentire ea aetate eumpse esse odiosum alteri.
26. Iucundum potius quam odiosum. Ut enim adulescentibus bona indole praeditis sapientes senes delectantur, leuiorque fit senectus eorum qui a iuuentute coluntur et diliguntur, sic adulescentes senum praeceptis gaudent, quibus ad uirtutum studia ducuntur; nec minus intellego me uobis quam mihi uos esse iucundos. Sed uidetis, ut senectus non modo languida atque iners non sit, uerum etiam sit operosa et semper agens aliquid et moliens, tale scilicet quale cuiusque studium in superiore uita fuit. Quid qui etiam addiscunt aliquid? ut et Solonem uersibus gloriantem uidemus, qui se cotidie aliquid addiscentem dicit senem fieri, et ego feci qui litteras Graecas senex didici; quas quidem sic auide arripui quasi diuturnam sitim explere cupiens, ut ea ipsa mihi nota essent quibus me nunc exemplis uti uidetis. Quod cum fecisse Socratem in fidibus audirem, uellem equidem etiam illud (discebant enim fidibus antiqui), sed in litteris certe elaboraui.

 

VIII. - Ce mot que je viens de citer, d'un vieillard qui pense à ceux qui viendront après lui, vaut certes mieux que cet autre : "par Pollux, vieillesse, alors même que tu n'apporterais aucun autre mal avec toi quand tu viens, il en est un qui suffit à lui seul: qui vit longtemps voit bien des choses qu'il ne voudrait pas voir". Peut-être en voit-il aussi beaucoup qui sont selon son désir. Quant aux autres, la vie même des jeunes gens n'est pas exempte d'occurrences fâcheuses. Mais Cécilius s'est trompé encore plus gravement quand il a écrit : "ce qu'il y a de plus triste, à mon gré, dans la vieillesse, c'est qu'on se sent devenu odieux aux autres". Ce n'est pas odieux qu'il fallait dire mais agréable. S'il est vrai que nul commerce n'est plus goûté des vieillards que celui des jeunes hommes doués d'un bon naturel, que les marques de déférence et d'affection données par les jeunes allègent le poids des ans, il est vrai aussi que les jeunes prennent plaisir à écouter les conseils des vieux qui excitent leur ardeur pour le bien et, tout comme j'aime votre présence, je sens que vous aimez la mienne. Vous voyez comme quoi, loin d'être condamnée à la langueur et à l'inertie, la vieillesse est laborieuse, toujours occupée à quelque ceuvre et même à de grandes oeuvres en rapport bien entendu avec ce qui a été pour chacun l'objet de ses soins dans sa vie antérieure.
Bien mieux, n'y a-t-il pas des vieillards qui s'appliquent à une étude nouvelle. Nous voyons, par exemple, Solon qui, dans ses vers, se fait gloire d'apprendre chaque jour, bien que vieux, quelque chose. Moi-même je me suis mis à l'étude des auteurs grecs, je m'y suis lancé avidement comme pour satisfaire une longue soif et c'est ainsi que je puis disposer des exemples que je vous donne. Quand j'ai appris que Socrate, lui aussi, avait entrepris, vieux, une étude, celle de la lyre, j'aurais voulu en faire autant - les anciens apprenaient à jouer de la lyre - du moins ai-je sérieusement étudié les lettres grecques.

 

VIII. Caecilius melius

VIII. Cécilius a mieux parlé

de sene prospiciente

d'un vieillard prévoyant

saeculo alteri,

pour la génération suivante

quam idem illud :

que le même poète quand il a dit ceci :

« Aedepol, senectus,

« Par-Pollux, ô vieillesse,

si apportes tecum

si tu n'apportais avec toi

nihil quidquam aliud viti,

rien autre chose de mal,

quum advenis,

quand tu arrives,

id unum est sat,

cela seul est assez,

quod vivendo diu

qu'en vivant longtemps

videt multa

le vieillard voit beaucoup de choses

quae non vult. »

qu'il ne veut pas. »

Et fortasse

Et peut-être il voit aussi

multa quae vult !

bien des choses qu'il désire !

atque saepe

et souvent

etiam adolescentia

même la jeunesse

incurrit in ea quidem

tombe sur (rencontre) ces choses précisément

quae non vult.

qu'elle ne désire pas.

Idem vero Caecilius

Vraiment le même Cécilius

illud vitiosius :

a dit ce-qui-suit d'une-manière-plus-fausse :

« Tum equidem deputo

« De plus moi je pense

hoc miserrimum

ceci être le plus malheureux

in senecta,

dans la vieillesse,

sentire

de sentir

se esse odiosum alteri

soi être (qu'on est) désagréable à autrui

ea aetate. »

dans cet âge. »

26. Jucundum

26. Agréable

potius quam odiosum.

plutôt que désagréable.

Ut enim sapientes senes

De même en effet que les sages vieillards

delectantur adolescentibus

sont charmés par (aiment) les jeunes-gens

praeditis bona indole,

doués d'un bon naturel,

et senectus eorum,

et que la vieillesse de ceux

qui coluntur

qui sont honorés

et diliguntur a juventute ,

et qui sont chéris par la jeunesse,

fit levior,

devient plus légère,

sic adolescentes

de même les jeunes-gens

gaudent praeceptis senum,

se réjouissent des (aiment les) préceptes des vieillards,

quibus ducuntur

par lesquels ils sont conduits

ad studia virtutum.

au goût des vertus.

Et intelligo

Et je comprends

me non esse minus vobis

moi ne pas être moins agréable à vous

quam vos jucundos mihi.

que vous agréables à moi.

Sed videtis ut senectus

Mais vous voyez comme la vieillesse

non modo non sit languida

non-seulement n'est pas languissante

atque iners,

et (ni) inerte,

verum etiam sit operosa

mais même est active

et semper agens

et toujours faisant

et moliens aliquid ;

et préparant quelque chose;

tale scilicet

chose telle sans doute

quale fuit studium cujusque

que fut l'occupation de chacun

in vita superiore.

dans la vie antérieure.

Quid, quod

Que dire de ceci que (bien plus)

addiscunt etiam aliquid?

ils apprennent encore quelque chose?

ut videmus Solonem

comme nous voyons Solon

gloriantem versibus,

se glorifiant dans ses vers,

qui dicit se fieri senem

Solon qui dit lui devenir vieux

addiscentem aliquid

en apprenant quelque chose de plus

quotidie :

tous-les-jours :

ut ego feci, qui senex

comme moi j'ai fait, qui étant vieux

didici litteras Graecas ;

ai appris les lettres grecques:

quas quidem

lesquelles vraiment

arripui sic avide,

j'ai dévorées aussi avidement,

quasi cupiens explere

que si désirant (je désirais) étancher

diuturnam sitim,

une longue soif,

ut ea ipsa quibus videtis

afin que ces traits même dont vous voyez

me uti nunc

moi me servir aujourd'hui

exemplis

comme d'exemples

nota essent mihi.

me fussent connus.

Quum audirem

Comme j'entendais-dire

Socratem fecisse quod

Socrate avoir fait cela

in fidibus,

pour la lyre,

equidem vellem illud etiam

moi j'aurais bien voulu le faire aussi

(antiqui enim

(les anciens en effet

discebant fidibus) :

apprenaient la lyre) :

sed certe

mais du moins

elaboravi in litteris.

j'ai bien-travaillé dans la littérature.

 

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