LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE II, EXTRAITS

Mercredi 29 octobre 2008

LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE II, EXTRAITS, CHAP. 6

 

 

VI. - LA TERRE VIEILLIT, ET ELLE DOIT PERIR. (V. 1129-1157.)
 

 

Sic igitur magni quoque circum moenia mundi

Expugnata, dabunt labem, putresque ruinas.

Omnia debet enim cibus integrare novando,

Et fuI cire cibus, cibus omnia sustentare.

Nequicquam, quoniam nec venae perpetiuntur

Quod satis est, neque quantum opus est Natura ministrat.

Jamque adeo fracta est aetas, effetaque tellus

Vix animalia parva creat, quae cuncta creavit

Saecla, deditque ferarum ingentia corpora partu.

Haud ut opinor, enim mortalia saecla superne

Aurea de caelo demisit funis in arva,

Nec mare, nec fluctus plangentes saxa crearunt,

Sed genuit tellus eadem, quae nunc alit ex se.

Praeterea nitidas fruges vinetaque laeta

Sponte sua primum mortalibus ipsa creavit :

Ipsa dedit dulces fetus et pabula laeta,

Quae nunc vix nostro grandescunt aucta labore;

Conterimusque boves, et vires agricolarum:

Conficimus ferrum, vix arvis suppeditati:

Usque adeo parcunt fetus augentque labore !

Jamque caput quassans grandis suspirat arator

Crebrius incassum manuum cecidisse labores ;

Et, quum tempora temporibus praesentia confert

Praeteritis, laudat fortunas saepe parentis;

Et crepat, antiquum genus ut pietate repletum

Perfacile angustis tolerarit finibus aevum,

Quum minor esset agri multo modus ante viritim ;

Nec tenet omnia paulatim tabescere, et ire

Ad capulum, spatio aetatis defessa vetusto.

 

Ainsi les voûtes de notre monde, assaillies de tous côtés, tomberont aussi en ruines, et deviendront la proie de la corruption. En effet tous les corps ont besoin d'être réparés et renouvelés par des aliments, par des sucs nourriciers qui soutiennent l'édifice entier de la machine. Mais ce mécanisme ne peut durer éternellement : d'un côté, les canaux par où se distribue la sève nourricière, ne sont pas toujours en état d'en recevoir autant qu'il en faudrait; de l'autre, la Nature se lasse de fournir sans cesse aux réparations. Et même dès à présent le monde est sur son déclin. La terre épuisée n'enfante plus qu'avec peine de chétifs animaux, elle dont le sein fécond créa jadis toutes les espèces vivantes, et construisit les flancs robustes des bêtes féroces. Car je ne croirai pas qu'une chaîne d'or ait fait descendre les animaux du haut du ciel dans nos plaines, ni qu'ils aient été produits par les flots qui se brisent contre les rochers. La même terre qui les nourrit aujourd'hui, leur donna naissance autrefois. C'est elle qui créa pour les mortels, et qui leur offrit d'elle-même les moissons jaunissantes, les riants vignobles et les gras pâturages. A peine accorde-t-elle aujourd'hui ces mêmes productions aux efforts de nos bras. Les boeufs s'épuisent ; le cultivateur consume ses forces, nous usons le fer; c'est à peine si les champs fournissent à ses besoins: tant ils sont avares, tant ils exigent de travail pour produire. Déjà le vieux laboureur, secouant la tête, raconte en soupirant combien de fois il a été frustré du fruit de ses pénibles travaux. Il compara le temps passé avec le présent, il envie le sort de ses pères, et parle sans cesse de ces siècles fortunés, où l'homme plein de respect pour les dieux, vivait plus heureux avec moins de terres, et récoltait d'abondantes moissons sur un modique héritage. Il ne sait pas que tous les corps vont en dépérissant, et que le temps est le sépulcre fatal où tous les êtres viennent s'engloutir.

 

Sic igitur

De même donc

moenia magni mundi quoque

les murailles du vaste monde aussi

circum

autour (qui l'entourent)

expugnata dabunt labem,

attaqués produiront une chute (s'écrouleront),

ruinasque putres.

et des ruines pourries.

Cibus debet enim

La nourriture doit en effet

integrare omnia

restaurer toutes les choses

novando,

en les renouvelant,

et cibus fulcire,

et la nourriture doit étayer (fortifier),

cibus sustentare

la nourriture doit soutenir

omnia.

toutes les choses.

Nequicquam,

Vainement,

quoniam nec venae

parce que ni les veines

perpetiuntur quod satis est,

ne souffrent-jusqu'-au-bout ce qui est assez,

neque Natura ministrat

ni la Nature ne fournit

quantum est opus.

autant-qu'il est besoin.

Jamque adeo

Et déjà précisément (même)

aetas fracta est,

l'âge du monde est brisé,

tellusque effeta

et la terre épuisée

creat vix parva animalia,

crée à-peine de petits animaux

quae creavit cuncta saecla,

elle qui créa toutes les espèces.

deditque partu

et donna par un enfantement (enfanta)

corpora ingentia ferarum.

les corps énormes des bêtes-sauvages.

Funis aurea enim

Une corde d'-or en effet

non demisit, ut opinor,

n'a pas laissé-tomber, a-ce-que je pense,

superne

d'en-haut

de caelo in arva

du ciel dans les champs

saecla mortalia,

les espèces mortelles,

nec mare,

ni la mer,

nec fluctus plangentes saxa

ni les flots battant les rochers

crearunt,

n'ont créé ces espèces,

sed eadem tellus,

mais la même terre,

quae nunc alit ex se,

qui maintenant les nourrit d'elle-même,

genuit.

les a enfantées.

Praeterea

En outre

ipsa creavit primum

elle-même a créé d'abord

sua sponte

par sa propre-force

mortalibus

pour les mortels

fruges nitidas

les moissons riantes

vinetaque laeta :

et les vignobles productifs:

ipsa dedit

elle-même a donné

fetus dulces

les productions agréables

et pabula laeta,

et les pâturages fertiles,

quae nunc grandescunt vix

qui maintenant croissent à-peine

aucta nostro labore;

augmentés par notre travail;

conterimusque boves

et nous épuisons nos boeufs

et vires agricolarum,

et les forces des laboureurs,

conficimusque ferrum,

et nous usons le fer,

vix suppeditati arvis :

à peine fournis-du-nécessaire par les champs:

usque adeo

jusqu'à-ce-point (tant)

parcunt

les champs sont avares

fetusque augent

et les productions n'augmentent

labore !

que par la fatigue !

Jamque grandis arator

Et déjà le vieux laboureur

quassans caput

secouant la tête

suspirat

se-plaint-en-soupirant

labores manuum

le travail de ses mains

cecidisse incassum

être tombé inutilement

crebrius;

plus fréquemment;

et quum confert

et lorsqu'il compare

tempora praesentia

les temps présents

temporibus praeteritis,

aux temps passés,

laudat saepe

il loue souvent

fortunas parentis,

le sort de son père.

et crepat,

et il a-sans-cesse-à-la-bouche,

ut genus antiquum

comment la race antique

repletum pietate

remplie de piété

tolerarit aevum perfacile

a soutenu sa vie très-facilement

finibus angustis,

dans des limites étroites,

quum ante modus agri

bien-qu'auparavant la mesure de champ

esset multo minor viritim ;

fût beaucoup moindre par-homme;

nec tenet

et il ne sait pas

omnia tabescere paulatim

toutes les choses dépérir peu-à-peu

et ire ad capulum

et aller au cercueil,

defessa

fatiguées

spatio vetusto aetatis.

par l'espace ancien de l'âge (par la vieillesse).

 


 

Par GO
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Mercredi 29 octobre 2008

LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE II, EXTRAITS, CHAP. 5

 

 

V. - LA VIE EST REPANDUE DANS L'UNIVERS ENTIER. (V. 1022-1052, 1055-1056, 1063-1075.)

 

 

Nunc animum nobis adhibe veram ad rationem:

Nam tibi vehementer nova res molitur ad aures

Accidere, et nova se species ostendere rerum.

Sed neque tam facilis res ulla est, quin ea primum

Difficilis magis ad credendum constet : itemque

Nil adeo magnum, nec tam mirabile quicquam,

Quod non paulatim minuant mirarier omnes.

Suspicito caeli clarum purumque colorem,

Quaeque in se cohibet, palantia sidera passim,

Lunamque et solis praeclara luce nitorem ;

Omnia quae nunc si primum mortalibus essent,

Ex improviso si nunc objecta repente,

Quid magis his rebus poterat mirabile dici,

Aut minus ante quod auderent fore credere gentes?

Nil, ut opinor; ita haec species miranda fuisset;

Quam tibi jam nemo, fessus satiate videndi,

Suspicere in coeli dignatur lucida templa.

Desine quapropter, novitate exterritus ipsa,

Expuere ex animo rationem ; sed magis acri

Judicio perpende, et, si tibi vera videntur,

Dede manus : aut, si falsum est, accingere contra.

Quaerit enim rationem animus, quum summa loci sit

Infinita foris, hœc extra mœnia mundi j

Quid sit ibi porro, quo prospicere usque velit mens,

Atque animi jactus liber quo pervolet ipse.

Principio, nobis in cunctas undique partes,

Et latere ex utroque, supra subterque, per omne

Nulla est finis, uti docui ; res ipsaque per se

Vociferatur, et elucet natura profundi.

Nullo jam pacto verisimile esse putandum est,

Undiqne quum vorsus spatium vacet infinitum,

-----------------------------------------------------

Hunc unum terrarum orbem caelumque creatum,

Nil agere illa foris tot corpora materiaï.

-----------------------------------------------------

Quare etiam atque etiam tales fateare necesse est

Esse alios alibi congressus materiaï,

Qualis hic est, avido complexu quem tenet aether.

Praeterea, quum materies est multa parata,

Quum locus est praesto, nec res, nec causa moratur

Ulla, geri debent nimirum et confieri res.

Nunc et seminibus si tanta est copia, quantam

Enumerare aetas animantum non queat omnis ;

Visque eadem et natura manet, quae semina rerum

Conjicere in loca quaeque queat, simili ratione,

Atque huc sunt conjecta; necesse est confiteare

Esse alios aliis terrarum in partibus orbes,

Et varias hominum gentes et saecla ferarum.

 

Maintenant, ô Memmius, prêtez l'oreille à la voix de la philosophie: elle brûle de vous faire entendre des vérités inconnues, et d'exposer à vos yeux un nouvel ordre de choses. Néanmoins, comme il n'y a pas d'opinion si simple qui ne soit difficile à adopter au premier abord, il n'y a pas non plus d'objets si admirables qui ne cessent, avec le temps, de nous surprendre. Si le pur et éclatant azur du ciel et les astres errants dont il est parsemé, le disque de la lune et le brillant éclat du soleil, présentés aux humains pour la première fois, étonnaient leurs regards par une apparition soudaine, que pourrait offrir la Nature de comparable à ce spectacle? Et quel mortel eût osé le croire possible? Aucun, je pense: tant ce spectacle exciterait d'admiration! Cependant ces merveilles, nous en sommes rassasiés ; à peine daignons-nous jeter un coup d'oeil sur la voûte brillante des cieux. Ainsi, Memmius, la nouveauté des objets que je vous offre, au lieu de vous rebuter, doit réveiller votre attention; il faut que vous pesiez mes idées, que vous les embrassiez, si elles sont vraies, et que vous vous armiez contre elles, si elles sont fausses. J'examine ce qu'il y a au delà des limites infinies de notre monde, dans ces immenses régions où l'esprit libre d'entraves aime à s'égarer sur les ailes de l'imagination. Je l'ai dit déjà; ce grand tout est infini. A droite, à gauche, sur notre tête, sous nos pieds, il n'y a point de limites. Ainsi l'attestent et la voix de l'évidence, et la nature même de l'infini. Est-il probable, quand un espace immense s'étend en tous sens, [...] qu'il n'y ait eu que notre globe et notre firmament de créés, et qu'un si grand nombre d'atomes restent oisifs dans les espaces ultérieurs? [...] Vous êtes donc forcé de convenir qu'il a dû se former ailleurs d'autres agrégats semblables à celui que l'air embrasse dans son enceinte immense. Au reste, toutes les fois qu'il y a de la matière en abondance, qu'il y a un espace pour la recevoir, et que nul obstacle ne vient arrêter son mouvement, il doit nécessairement se former des êtres. Et si avec cela le nombre des éléments est tel que tous les hommes réunis ne pourraient dans la durée entière de leur vie parvenir à les compter, s'ils ont pour se réunir ailleurs les mêmes facultés et la même nature que les atomes de notre monde, vous êtes obligé d'avouer que les autres régions de l'espace ont aussi leurs mondes, leurs hommes et leurs animaux divers.

 

Nunc

Maintenant

adhibe nobis animum

applique-nous ton esprit (ton attention)

ad veram rationem :

à la véritable doctrine:

nam res nova

car une vérité nouvelle

molitur vehementer

fait-effort vivement

accidere aures tibi,

pour arriver aux oreilles à toi,

et nova species rerum

et un nouvel aspect des choses

se ostendere.

fait-effort pour se montrer à toi.

Sed neque ulla res

Mais ni aucune chose

est tam facilis,

n'est si facile,

quin ea constet primum

qu'elle ne soit d'abord

magis difficilis

plus difficile

ad credendum;

à croire;

itemque

et de même

nil adeo magnum,

rien n'est tellement grand,

nec quicquam

ni quoi-que-ce-soit

tam mirabile

n'est si admirable

quod omnes non minuant

que tous ne discontinuent

paulatim

peu-à-peu

mirarier.

d'admirer.

Suspicito colorem

Contemplez la couleur

clarum purumque

claire et pure

caeli ,

du ciel,

quaeque

et les choses que

cohibet in se,

il renferme en lui-même,

sidera palantia passim

les astres errants çà-et-là

lunamque et nitorem solis

la lune et l'éclat du soleil

luce praeclara;

éclat d'une lumière brillante;

omnia quae

toutes choses qui

si essent nunc

si elles étaient présentes maintenant

primum mortalibus,

pour-la-première-fois aux mortels

si objecta nunc repente

si maintenant elles étaient offertes soudain

ex improviso,

à l'improviste,

quid poterat dici

quelle chose pouvait être dite

magis mirabile his rebus,

plus admirable que ces choses-là,

aut quod gentes

ou que les nations

auderent minus credere ante

osassent moins croire auparavant

fore?

devoir se produire?

Nil, ut opinor;

Rien, comme je pense;

ita haec species

tant ce spectacle

fuisset miranda;

aurait été admirable;

quam quisque,

lequel spectacle chacun,

fessus satiate videndi,

fatigué de l'ennui de voir,

non jam dignatur tibi

ne daigne plus pour toi (comme tu le vois),

suspicere

lever-les-yeux

in templa lucida coeli.

vers les espaces lumineux du ciel.

Quapropter desine,

C'est pourquoi cesse,

exterritus novitate ipsa,

effrayé par la nouveauté elle-même,

expuere ex animo

de rejeter de ton esprit

rationem;

cette doctrine;

sed perpende

mais examine ces idées

judicio magis acri,

avec un jugement plus attentif,

et, si videntur tibi vera,

et, si elles paraissent à toi vraies,

dede manus:

donne les mains (cède à la vérité):

aut, si est falsum,

ou, s'il y a mensonge,

accingere contra.

arme-toi contre elles.

Animus quaerit enim

Mon esprit cherche en effet

rationem :

cette raison (cette question) :

quum summa loci

puisque la totalité de l'espace

sit infinita foris,

est infinie au-dehors,

extra haec moenia mundi,

hors de ces murailles du monde,

quid sit ibi porro,

quelle chose est là au-loin,

quo usque mens

jusqu'où l'intelligence

velit prospicere,

voudrait voir,

atque quo

et où

jactus liber animi

l'essor libre de l'esprit

ipse pervolet.

lui-même pénétrerait.

Principio,

D'abord,

nulla finis est

aucune limite n'est

per omne,

dans le grand tout,

in cunctas partes undique

en tous sens de-toute-part

nobis,

pour nous,

et ex utroque latere,

et de l'un-et-l'autre côté,

supra subterque

au-dessus et au-dessous,

uti docui;

comme je l'ai enseigné;

resque ipsa vociferatur

et la chose elle-même le crie,

per se,

par elle-même,

naturaque profundi elucet.

et la nature de l'espace profond est-manifeste.

Jam putandum est

Alors il faut penser

esse verisimile nullo pacto ,

n'être vraisemblable en aucune façon,

quum spatium infinitum

puisqu'un espace infini

vacet undique vorsus,

est-vide dans toutes-les-directions,

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---------------------------------------------------------------------------------------------------

---------------------------------------------------------------------------------------------------

---------------------------------------------------------------------------------------------------

hunc unum orbem terrarum

ce seul globe des terres

caelumque creatum,

et ce seul ciel avoir été créé,

corpora tot illa materiaï

et tant de ces éléments de matière

nil agere foris.

ne rien faire (être oisifs) au-dehors.

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---------------------------------------------------------------------------------------------------

---------------------------------------------------------------------------------------------------

Quare etiam atque etiam

C'est pourquoi je le dis encore et encore

necesse est fateare

il est nécessaire que tu avoues

alios congressus materiaï

d'autres assemblages de la matière

esse alibi,

être ailleurs,

qualis est hic,

tel qu'est celui-ci,

quem aether tenet

que l'éther enferme

amplexu avido,

dans un embrassement avide.

Praeterea,

En outre,

quum materies malta

lorsqu'une matière abondante

est parata,

est préparée,

quum locus est praesto,

lorsque la place est auprès,

nec ulla res,

et qu'aucune chose,

nec causa moratur,

ni aucune cause ne fait-obstacle,

res debent nimirum

des êtres doivent inévitablement

geri et confieri.

être produits et formés.

Nunc si copia

Maintenant si une quantité

est et seminibus

est aussi aux éléments

tanta quantam

tellement-grande que

omnis aetas animantum

toute une génération d'êtres-animés

non queat enumerare;

ne pourrait la supputer;

eademque vis

et si la même force

naturaque manet,

et si la même nature subsiste,

quae queat conficere

qui puisse jeter-ensemble (réunir)

in loca quaeque

dans des lieux quels-qu'ils soient

semina rerum,

les éléments des êtres,

ratione simili

d'une manière semblable,

atque conjecta sunt huc;

et (de même qu') ils ont été réunis ici;

necesse est confiteare

il est nécessaire que tu avoues

alios orbes terrarum

d'autres globes de terres

esse in aliis partibus,

être dans d'autres parties du monde,

et gentes varias hominum

et des races diverses d'hommes

et saecla ferarum.

et d'autres espèces d'animaux.

 

 

Par GO
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Mercredi 29 octobre 2008

LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE II, EXTRAITS, CHAP. 4

 

 

IV. - COMMENT SE FORMENT LES CORPS (V. 990-1021.)

 

 

Denique caelesti sumus omnes semine oriundi:

Omnibus ille idem pater est, unde alma liquentes

Humoris guttas mater quum Terra recepit,

Feta parit nitidas fruges arbustaque laeta,

Et genus humanum ; parit omnia saecla ferarum,

Pabula quum praebet, quibus omnes corpora pascunt,

Et dulcem ducunt vitam prolemque propagant.

Quapropter merito maternum nomen adepta est.

Cedit item retro de terra quod fuit ante

In terras; et quod missum est ex aetheris oris,

Id rursum caeli relatum templa receptant.

Nec sic interimit mors res, ut materiaï

Corpora conficiat, sed coetum dissupat ollis :

Inde aliis aliud conjungit, et effit ut omnes

Res ita convertant formas, mutentque colores,

Et capiant sensus, et puncto tempore reddant :

Ut noscas referre, eadem primordia rerum

Cum quibus, et quali positura contineantur,

Et quos inter se dent motus accipiantque.

Namque eadem caelum, mare, terras, flumina, solem

Significant; eadem fruges, arbusta, animantes.

Neve putes aeterna penes residere potesse

Corpora prima quod in summis fluitare videmus

Rebus, et interdum nasci subitoque perire.

Quin etiam refert nostris in versibus ipsis,

Cum quibus, et quali sint ordine quaeque locata :

Si non omnia sunt, at multo maxima pars est

Consimili: verum positura discrepitant haec.

Sic ipsis in rebus item jam materiaï

Intervalla viae, connexus, pondera, plagae,

Concursus, motus, ordo, positura, figurae,

Quum permutantur, mutari res quoque debent.

 

Enfin, nous sommes tous enfants du ciel: le ciel est notre père commun; la terre, notre mère commune, fécondée par les gouttes liquides qu'elle reçoit d'en haut, produit à la fois les arbrisseaux, les moissons, les hommes, et tous les animaux, puisque c'est elle qui leur fournit à tous les aliments, à l'aide desquels ils nourrissent leurs corps, jouissent de la vie, et propagent leur espèce. C'est pour cela que nous lui avons donné avec raison le nom de mère. Les corps sortis de son sein y rentrent une seconde fois, et la matière descendue de l'air est reçue de nouveau dans les plaines éthérées. La mort, en détruisant les corps, ne touche point aux éléments. Son pouvoir se borne à rompre les tissus, à produire de nouveaux assemblages, à changer les formes et les couleurs, à donner ou à reprendre le sentiment au moment fixé par la Nature. De là vous devez concevoir combien il est essentiel d'avoir égard au mélange, à l'arrangement et aux mouvements réciproques des atomes, puisque les mêmes éléments dont résultent le ciel, la mer, la terre, les fleuves et le soleil, concourent aussi à former les grains, les arbres et les animaux. Et gardez-vous de croire que ces qualités que nous voyons flotter à la surface des êtres, naître et périr subitement, soient inhérentes à ces éléments primitifs. Ainsi, dans nos vers mêmes, l'ordre et la combinaison des lettres sont essentiels, parce que les mots, composés en partie des mêmes éléments, ne diffèrent que par l'arrangement. Il en est de même des corps de la nature: changez les distances, les directions, les liens, les pesanteurs, les chocs, les rencontres, l'ordre, l'arrangement et la figure des atomes, vous aurez des résultats différents.

 

Denique

Enfin

omnes sumus oriundi

tous nous sommes nés

semine caelesti :

d'un germe céleste:

ille est pater

celui-ci (le ciel) est le père

idem omnibus,

le même pour tous,

unde quum terra

d'où (duquel) lorsque la terre

mater alma

notre mère nourricière

recepit guttas liquentes

a reçu les gouttes liquides

humoris,

de la pluie,

feta parit

fécondée elle enfante

fruges nitidas,

les moissons riantes,

arbustaque laeta,

et les arbres productifs,

et genus humanum;

et le genre humain;

parit

elle enfante

omnia saecla ferarum,

toutes les espèces des animaux,

quum praebet pabula

tandis qu'elle fournit (des aliments)

quibus omnes

par lesquels tous

pascunt corpora,

nourrissent leurs corps,

et ducunt vitam dulcem,

et mènent la vie qui est douce,

propagantque prolem.

et propagent leur espèce.

Quapropter

C'est pourquoi

adepta est merito

elle a acquis avec-raison

nomen maternum.

le nom de-mère.

Quod fuit ante

Ce qui a existé auparavant

de terra

sorti de la terre

cedit retro item

va en-arrière (retourne) de même

in terras;

dans les terres (la terre);

et templa caeli

et les espaces du ciel

receptant rursum relatum

reçoivent de-nouveau ramené

id quod missum est

ce qui a été envoyé

ex oris aetheris.

des régions de l'éther.

Nec mors interimit res,

Et la mort ne détruit pas les êtres,

sic ut conficiat

de-telle-sorte qu'elle anéantisse

corpora materiaï;

les éléments de la matière;

sed dissupat ollis

mais elle disperse pour eux (pour ces éléments)

coetum :

leur assemblage:

inde conjungit aliud

puis elle unit un autre élément

aliis,

avec d'autres,

et effit ut omnes res

et fait que tous les êtres

convertant formas ita,

convertissent leurs formes ainsi,

mutentque colores,

et changent leurs couleurs,

et capiant sensus,

et reçoivent les sens,

et reddant

et les rendent (les perdent)

tempore puncto :

au temps marqué:

ut noscas referre

afin que tu connaisses qu'il importe

cum quibus,

avec quels éléments,

et quali positura

et dans quelle position

eadem primordia rerum

les mêmes principes des êtres

contineantur,

sont-tenus-ensemble,

et quos motus dent

et quels mouvements ils donnent

accipiantque inter se;

et reçoivent entre eux;

namque eadem significant

car les mêmes principes font-voir (produisent)

caelum, mare, terras,

le ciel, la mer, les terres,

flumina, solem;

les fleuves, le soleil ;

eadem fruges,

les mêmes produisent les moissons,

arbusta, animantes.

les arbres, les animaux.

Neve putes aeterna

Et-ne pense pas des choses éternelles

potesse residere

pouvoir subsister

penes corpora prima

dans les éléments premiers (l'éternité)

quod videmus fluitare

parce que nous les voyons flotter

in summis rebus,

à la surface des êtres,

et interdum nasci

et parfois naître

perireque subito.

et périr subitement.

Quin etiam refert

Bien plus il importe

in nostris versibus ipsis

dans nos vers eux-mêmes

cum quibus,

avec quelles lettres,

et quali ordine

et dans quel ordre

quaeque locata sint:

chaque lettre a été placée:

si omnia non sunt,

si toutes les lettres ne sont pas semblables,

at pars

du-moins la partie

multo maxima

de beaucoup la plus grande

est consimilis :

est semblable:

verum haec discrepitant

mais ces lettres diffèrent

positura.

par leur position.

Sic item jam

Ainsi de même maintenant

in rebus ipsis

dans les êtres eux-mêmes

quum

lorsque

intervalla materiaï,

les intervalles de la matière,

viae, connexus,

les routes, les enlacements,

pondera, plagae, concursus,

les poids, les chocs, les rencontres,

motus, ordo, positura,

les mouvements, l'ordre, la position,

figurae,

les figures,

permutantur,

sont changés,

res quoque debeut mutari.

les êtres aussi doivent être changés.

 

 

Par GO
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Mercredi 29 octobre 2008

LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE II, EXTRAITS, CHAP. 3 (2)

 

Principio

D'abord

tellus habet in se

la terre a en elle-même

corpora prima,

des éléments premiers (des principes),

unde fontes

d'où les sources

volventes flumina

roulant des fleuves

renovent assidue

peuvent-renouveler continuellement

mare immensum;

la mer immense;

habet

elle a des principes

unde ignes oriantur.

d'où les feux peuvent-naître.

Nam sola terrae

Car les fondements de la terre

ardent

brûlent

succensa multis locis;

embrasés en beaucoup d'endroits;

impetus vero Aetnae

et l'impétuosité de l'Etna

furit ignibus eximiis.

fait-rage par des feux extraordinaires.

Tum porro habet

Puis encore elle a des principes

unde possit extollere

d'où elle peut-élever (tirer)

gentibus humanis

pour les nations humaines

fruges nitidas,

les moissons riantes,

arbustaque laeta;

et les arbres productifs ;

unde possit etiam

elle a des principes d'où elle peut encore

praebere generi ferarum

fournir à la race des bêtes-sauvages

montivago

race qui-erre-sur-les-montagnes

frondes fluidas,

des feuilles souples,

et pabula laeta.

et des pâturages fertiles.

Quare haec

C'est pourquoi celle-ci (la terre)

dicta est una

a été appelée seule (de préférence aux autres)

magna Mater deum,

la grande Mère des dieux,

Materque ferarum,

et la Mère des bêtes-fauves,

et Genetrix nostri corporis.

et la Génératrice de notre corps.

Veteres poetae docti Graium

Les anciens poètes savants des Grecs

cecinere

ont dit-dans-leurs-chants

hanc sublimem in curru

celle-ci élevée sur un char

agitare leones bijugos,

diriger des lions attelés-deux-ensemble,

docentes

enseignant par-là

tellurem magnam pendere

la terre vaste être-suspendue

in spatio aeris,

dans l'espace de l'air,

neque terram posse

et la terre ne pouvoir

sistere in terra.

se poser sur une autre terre.

Adjunxere feras;

Ils ont ajouté des bêtes-sauvages;

quia proles,

parce qu'une progéniture,

quamvis effera,

quelque farouche qu'elle soit,

debet molliri

doit s'adoucir

victa officiis parentum :

vaincue par les bons-offices des parents:

cinxereque summum caput

et ils lui ont ceint le haut de la tête

corona murali,

d'une couronne murale,

quod munita

parce qu'étant fortifiée,

locis eximiis

dans des lieux choisis (favorables)

sustinet urbes:

elle soutient les ville:

quo insigni nunc paedita

duquel insigne maintenant douée (parée)

imago matris divinae

l'image de la mère divine

fertur horrifice

est portée de-manière-à-effrayer

per magnas terras;

à travers les grandes terres (l'univers) ;

variae gentes,

les diverses nations,

more antiquo sacrorum,

d'après la coutume antique des rites sacrés,

vocitant hanc

appellent celle-ci

Matrem Idaeam,

la Mère Idéenne,

dantque comites

et lui donnent pour compagnes

catervas Phrygias,

des troupes phrygiennes,

quia edunt

parce qu'elles disent

fruges coepisse creari

les grains avoir commencé à naître

primum ex illis finibus

pour-la-première-fois de ce territoire-là

per orbem terrarum,

à travers le globe de la terre.

Attribuunt Gallos,

Elles lui assignent pour prêtres les Galles,

quia volunt

parce qu'elles veulent

significari

être signifié (donner à entendre)

qui violarint

ceux qui ont violé

numen matris,

la divinité d'une mère,

inventique sint ingrati

et qui ont été trouvés ingrats

genitoribus,

pour leurs pères,

putandos esse indignos

devoir être réputés indignes

qui edant

qu'ils produisent (de produire)

progeniem vivam

une progéniture vivante

in oras luminis.

aux régions de la lumière (à la lumière).

Tympana tenta tonant

Les tambours tendus retentissent

palmis,

sous les mains des Galles,

et circum cymbala concava,

et autour les cymbales creuses,

cornuaque minantur

et les cornets menacent

cantu raucisono,

par un chant rauque,

et tibia cava

et la flûte creuse

stimulat mentes

excite les esprits

numero Phrygio:

par le mode phrygien:

praeportantque tela,

et ils portent-devant eux des traits,

signa furoris violenti

signes d'un délire violent (prêts à la violence)

quae possint

qui puissent

conterrere metu

épouvanter par la crainte

numini divae

de la colère de la déesse

animos ingratos,

les esprits ingrats

atque pectora impia volgi.

et les coeurs impies du vulgaire.

Ergo, quum primum

Donc, lorsque d'abord (dès que)

invecta per magnas urbes,

portée à travers les grandes villes,

muta munificat mortales

muette elle gratifie les mortels

salute tacita,

d'une prospérité silencieuse,

sternunt

ils (les mortels) jonchent

omne iter viarum

tout le parcours des routes

aere atque argento,

d'airain et d'argent,

ditantes stipe largifica;

l'enrichissant d'une menue-monnaie abondante;

ninguntque

et ils font-pleuvoir-comme-neige

floribus rosarum,

avec des fleurs des roses,

umbrantes Matrem

ombrageant la Mère

catervasque comitum.

et les troupes de ses compagnons.

Hic manus armata

Alors une troupe armée (des hommes armés)

(quos Graii

(que les Grecs

memorant nomine

appellent par le nom

Curetas Phrygios),

Curètes phrygiens),

quod ludunt inter se forte

parce qu'ils jouent entre eux de-temps-en-temps

armis,

avec leurs armes,

exsultantque in numerum;

et bondissent en cadence;

sanguinolenti,

barbouillés-de-sang,

quatientes numine capitum

agitant par le mouvement de leurs têtes

cristas terrificas,

des aigrettes effrayantes,

referunt Curetas Dictaeos,

ils rappellent les Curètes de Dicté,

qui feruntur

qui sont rapportés

occultasse quondam in Creta

avoir caché jadis en Crète

illum vagitum Jovis,

ce vagissement de Jupiter,

circum quem puerum

autour duquel enfant

pueri chorea pernice,

eux-mêmes enfants avec une danse rapide,

armati,

étant armés,

pulsarent aera aeribus

choquaient l'airain contre l'airain

in numerum,

en cadence,

ne Saturnus

de peur que Saturne

adeptus eum

n'ayant atteint lui

mandaret malis,

ne le livrât à ses mâchoires (ne le dévorât),

daretque matri

et ne causât à sa mère

volnus aeternum

une blessure éternelle

sub pectore.

sous son coeur.

Comitantur propterea

Ils accompagnent à-cause-de-cela

armati

étant armés

magnam Matrem ;

la grande Mère;

aut quia significant

ou parce qu'ils donnent-à-entendre

Divam praedicere

la déesse avertir-par-avance

ut velint defendere

que les mortels veuillent défendre

armis ac virtute

par les armes et le courage

terram patriam,

la terre de-la-patrie,

parentque esse

et qu'ils se préparent à être

praesidio decorique

à soutien et à honneur

parentibus.

à leurs parents.

Par GO
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Mercredi 29 octobre 2008

LUCRECE, DE NATURA RERUM, LIVRE II, EXTRAITS, CHAP. 3 (1)

 

 

III. - LE MYTHE DE CYBELE. (V. 589-642.)

 

 

Principio tellus habet in se corpora prima,

Unde mare immensum volventes flumina fontes

Assidue renovent : habet ignes unde oriantur.

Nam multis succensa locis ardent sola terrae :

Eximiis vero furit ignibus impetus Aetnae.

Tum porro nitidas fruges, arbustaque laeta

Gentibus humanis habet unde extollere possit;

Unde etiam fluidas frondes, et pabula laeta

Montivago generi possit praebere ferarum.

Quare magna deum Mater, Materque ferarum,

Et nostri Genetrix haec dicta est corporis una.

Hanc veteres Graium docti cecinere poetae

Sublimem in curru bijugos agitare leones,

Aeris in spatio magnam pendere docentes

Tellurem, neque posse in terra sistere terram.

Adjunxere feras; quia, quamvis effera, proles

Officiis debet molliri victa parentum :

Muralique caput summum cinxere corona;

Eximiis munita locis quod sustinet urbes:

Quo nunc insigni per magnas praedita terras

Horrifice fertur divinae matris imago.

Hanc variae gentes, antiquo more sacrorum,

Idaeam vocitant Matrem, Phrygiasque catervas

Dant comites, quia primum ex illis finihus edunt

Per terrarum orbem fruges coepisse creari.

Gallos attribuunt; quia, numen qui violarint

Matris, et ingrati genitoribus inventi sint,

Significare volunt indignos esse putandos,

Vivam progeniem qui in oras luminis edant.

Tympana tenta tonant palmis, et cymbala circum

Concava, raucisonoque minantur cornua cantu,

Et Phrygio stimulat numero cava tibia mentes

Telaque praeportant, violenti signa furoris,

Ingratos animos atque impia pectora volgi

Conterrere metu quae possint numini Divae.

Ergo quum primum, magnas invecta per urbes,

Munificat tacita mortales muta salute,

Aere atque argento sternunt iter omne viarum

Largifica stipe ditantes; ninguntque rosarum

Floribus, umbrantes Matrem comitumque catervas.

Hic armata manus (Curetas nomine Graii

Quos memorant Phrygios) inter se forte quod armis

Ludunt, in numerumque exsultant ; sanguinolenti,

Terrificas capitum quatientes numine cristas,

Dictaeos referunt Curetas, qui Jovis illum

Vagitum in Creta quondam occultasse feruntur :

Quum pueri circum puerum pernice chorea,

Armati in numerum pulsarent aeribus aera,

Ne Saturnus eum malis mandaret adeptus,

Aeternumque daret matri sub pectore volnus,

Propterea magnam armati Matrem comitantur,

Aut quia significant Divam praedicere, ut armis

Ac virtute velint patriam defendere terram,

Praesidioque parent decorique parentibus esse.

 

Commençons par la terre. La terre contient les éléments des grands fleuves qui vont sans cesse renouveler la mer; elle contient les principes des feux souterrains qui la dévorent, de ces flammes bouillonnantes que l'Etna vomit dans sa fureur. Elle contient enfin les germes des grains et des fruits qu'elle offre à l'homme, ceux des feuilles souples et des gras pâturages destinés à nourrir les hôtes farouches des montagnes. Voila pourquoi on lui a donné les noms de Mère auguste des dieux et des animaux, de Créatrice du genre humain. Les doctes poètes de l'ancienne Grèce la représentaient assise sur un char traîné par des lions; ils nous enseignaient par là que, suspendue dans l'espace, elle ne pourrait avoir pour base une autre terre. Les animaux furieux soumis au joug, signifient que les bienfaits des parents doivent triompher des caractères les plus farouches. On lui a ceint la tête d'une couronne murale, parce que sa surface est couverte de villes et de forteresses. Cette couronne guerrière inspire encore aujourd'hui la terreur aux peuples chez qui l'on promène la statue de la déesse. Les nations de tout pays, suivant un usage antique et solennel, l'appellent Idéenne, et lui donnent pour cortège une troupe de Phrygiens, parce que le genre humain doit à l'industrie de ces peuples la culture des grains. Ses prêtres sont mutilés pour enseigner aux mortels que ceux qui outragent la majesté sainte d'une mère, ou qui manquent de reconnaissance envers un père, sont indignes eux-mêmes de revivre dans leur postérité. Ces vils ministres font résonner dans leurs mains des tambours bruyants, des cymbales retentissantes, le cornet au son rauque et menaçant, et la flûte creuse dont les accents phrygiens excitent la fureur dans les âmes. Leurs bras sont aussi armés de piques, instruments de la mort, pour jeter l'épouvante dans les coeurs impies et dénaturés. Aussi tandis que la statue muette de la déesse, portée dans les grandes villes, répand silencieusement sur les mortels les effets de la munificence , tous les chemins sont jonchés d'or et d'argent; les prêtres sont comblés de dons; une nuée de fleurs odorantes ombrage la Mère des dieux et son cortège. Alors une troupe armée, que les Grecs nomment Curètes Phrygiens, jouent et se frappent entre eux avec leurs armes ; ils dansent et regardent avec joie le sang qui coule de leurs corps; les aigrettes menaçantes qu'ils agitent sur leurs têtes, rappellent ces anciens Curètes qui couvraient, dans la Crète, les vagissements de Jupiter, alors qu'enfants, ils exécutaient en armes des danses rapides autour de son berceau, et frappaient en mesure l'airain bruyant, de peur que Saturne ne dévorât le dieu de sa dent cruelle, et ne portât une éternelle blessure au coeur de sa divine mère. Voilà pourquoi la déesse est environnée de gens armés. Peut-être aussi veut-elle avertir par-là les hommes de se tenir prêts à défendre leur patrie les armes à la main, et d'être à la fois la gloire et le soutien de leurs parents.

 

 

Par GO
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