CICERON, PRO MILONE, CHAP. XXXII

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CICERON, PRO MILONE, CHAP. XXXII

 

 

 

Nec uero non eadem ira deorum hanc eius satellitibus iniecit amentiam, ut sine imaginibus, sine cantu atque ludis, sine exsequiis, sine lamentis, sine laudationibus, sine funere, oblitus cruore et luto, spoliatus illius supremi diei celebritate, cui cedere inimici etiam solent, ambureretur abiectus. Non fuisse credo fas clarissimorum uirorum formas illi taeterrimo parricidae aliquid decoris adferre, neque ullo in loco potius mortem eius lacerari quam in quo uita esset damnata. Dura (me dius fidius) mihi iam Fortuna populi Romani et crudelis uidebatur, quae tot annos illum in hanc rem publicam insultare pateretur. Polluerat stupro sanctissimas religiones, senatus grauissima decreta perfregerat, pecunia se a iudicibus palam redemerat, uexarat in tribunatu senatum, omnium ordinum consensu pro salute rei publicae gesta resciderat, me patria expulerat, bona diripuerat, domum incenderat, liberos, coniugem meam uexarat, Cn- Pompeio nefarium bellum indixerat, rnagistratuum priuatorumque caedis effecerat, domum mei fratris incenderat, uastarat Etruriam, multos sedibus ac fortunis eiecerat. Instabat, urgebat. Capere eius amentiam ciuitas, Italia, prouinciae, regna non poterant. Incidebantur iam domi leges, quae nos seruis nostris addicerent. Nihil erat cuiusquam, quod quidem ille adamasset, quod non hoc anno suum fore putaret. Obstabat eius cogitationibus nemo praeter Milonem. Illum ipsum, qui obstare poterat, nouo reditu in gratiam quasi deuinctum arbitrabatur: Caesaris potentiam suam esse dicebat: bonorum animos in meo casu contempserat: Milo unus urgebat.

 

C'est encore cette colère des dieux qui a frappé ses satellites d'un tel vertige que, traînant sur une place son corps souillé de sang et de boue, ils l'ont brûlé sans porter à sa suite les images de ses ancêtres, sans lamentations, ni jeux, ni chants funèbres, ni éloge, ni convoi, en un mot, sans aucun de ces derniers honneurs, que les ennemis mêmes ne refusent pas à leurs ennemis. Sans doute le ciel n'a pas permis que les images des citoyens les plus illustres honorassent cet exécrable parricide; et son cadavre devait être déchiré dans le lieu où sa v!e avait été détestée. Je déplorais le sort du peuple romain, condamné depuis si longtemps à le voir impunément fouler aux pieds la république : il avait souillé par un adultère les mystères les plus saints; il avait abrogé les sénatus-consultes les plus respectables; il s'était ouvertement racheté des mains de ses juges : tribun, il avait tourmenté le sénat, annulé ce qui avait été fait, du consentement de tous les ordres, pour le salut de la république; il m'avait banni de ma patrie, il avait pillé mes biens, brûlé ma maison, persécuté ma femme et mes enfants, déclaré une guerre impie à Pompée, massacré des citoyens, des magistrats, réduit en cendres la maison de mon frère, dévasté l'Étrurie, dépossédé une foule de propriétaires : infatigable dans le crime, il poursuivait le cours de ses attentats; Rome, l'Italie, les provinces, les royaumes n'étaient plus un théâtre assez vaste pour ses projets extravagants. Déjà se gravaient chez lui des lois qui devaient nous asservir à nos esclaves : il se flattait que cette année même, il deviendrait possesseur de tout ce qui pourrait être à sa bienséance. Il ne rencontrait d'autre obstacle que Milon. Un seul homme pouvait rompre ses projets, et il croyait l'avoir lié à ses intérêts par sa nouvelle réconciliation. Il disait que la puissance de César était à lui. Dans mon malheur, il avait montré tout son mépris pour les gens de bien. Milon seul lui imposait.

 

XXXII. Nec vero

XXXII. Mais il n'est pas vrai non plus

non eadem ira

que ce ne soit pas cette même colère

deorum

des dieux

injecit hanc amentiam

qui a inspiré cette démence

satellitibus ejus,

aux satellites de lui,

ut, sine imaginibus,

que, sans images,

sine cantu atque ludis,

sans chant et sans jeux,

sine exsequiis,

sans obsèques,

sine lamentis,

sans lamentations,

sine laudationibus,

sans éloges,

sine funere,

sans funérailles,

oblitus cruore et luto,

couvert de sang et de boue ,

spoliatus celebritate

privé de la solennité

illius supremi diei,

de ce dernier jour,

quam etiam inimici

que même des ennemis

solent concedere,

ont-coutume d'accorder,

ambureretur abjectus.

il fût brûlé jeté sur la place.

Credo non fuisse fas,

Je crois ne pas avoir été licite ,

formas

les portraits

virorum clarissimorum

d'hommes très-illustres

afferre aliquid decoris

apporter quelque honneur

illi parricidae teterrimo,

à ce parricide très-abominable,

neque mortem ejus

ni la mort (le cadavre) de lui

lacerari in ullo loco

être déchiré dans aucun lieu

potius quam

plutôt que dans celui

in quo vita ejus

dans lequel la vie de lui

esset damnata.

avait été condamnée.

Medius fidius,

Oui assurément,

jam fortuna populi romani

déjà la fortune du peuple romain

mihi videbatur

me paraissait

dura et crudelis,

dure et cruelle,

quae videret et pateretur

elle qui voyait et souffrait

illum tot annos

lui pendant tant d'années

insultare

fouler-aux -pieds

in hanc rempublicam.

cette république.

Polluerat stupro

Il avait souillé par l'adultère

religiones sanctissimas ;

les cérémonies les plus saintes;

perfregerat

il avait brisé

decreta gravissima

les décrets les plus respectables

senatus ;

du sénat ;

se redemerat palam

il s'était racheté publiquement

a judicibus

de ses juges

pecunia ;

pour de l'argent;

vexarat senatum

il avait tourmenté le sénat

in tribunatu ;

pendant son tribunat ;

resciderat gesta

il avait annulé les choses-faites

consensu omnium ordinum

du consentement de tous les ordres

pro salute reipublicae ;

pour le salut de la république ;

me expulerat patria,

il m'avait chassé de ma patrie,

diripuerat bona ,

il avait pillé mes biens,

incenderat domum ,

il avait incendié ma maison,

vexaverat liberos,

il avait tourmenté mes enfants,

meam conjugem ;

mon épouse ;

indixerat Cn. Pompeio

il avait déclaré à Cn. Pompée

bellum nefarium ;

une guerre impie ;

fecerat caedes

il avait fait des massacres

magistratuum

de magistrats

privatorumque ;

et de particuliers ;

incenderat

il avait incendié

domum mei fratris ;

la maison de mon frère ;

vastarat Etruriam ;

il avait dévasté l'Etrurie ;

ejecerat multos

il avait expulsé beaucoup de citoyens

sedibus ac fortunis ;

de leurs demeures et de leur fortune ;

instabat, urgebat ;

il poursuivait, il pressait ;

civitas, Italia,

la cité, l'Italie ,

provinciae, regna

les provinces, les royaumes

non poterant capere

ne pouvaient contenir ( suffire à)

amentiam ejus ;

la démence de lui ;

jam incidebantur domi

déjà se gravaient à sa maison

leges, quae nos addicerent

des lois, qui devaient nous asservir

nostris servis ;

à nos esclaves ;

nihil erat cujusquam,

rien n'était à personne,

quod quidem

que du moins

ille adamasset,

il eût convoité,

quod non putaret

qu'il ne pensât

fore suum hoc anno.

devoir être à-lui cette année-ci.

Nemo obstabat

Personne ne faisait-obstacle

cogitationibus ejus,

aux projets de lui,

praeter Milonem.

excepté Milon.

Arbitrabatur illum ipsum,

Il croyait celui-là même,

qui poterat obstare,

qui pouvait faire-obstacle,

quasi devinctum

être comme enchaîné

novo reditu

par un nouveau retour

in gratiam ;

en bonne-intelligence ;

dicebat potentiam Caesaris

il disait la puissance de César

esse suam ;

être sienne ;

contemserat

il avait méprisé

animos bonorum

les opinions des bons citoyens

etiam in meo casu :

même dans mon malheur :

Milo unus urgebat.

Milon seul le menaçait.

 

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